Retour au film

Le retour au travail est un choc pour le corps. À l’adaptation aux nouvelles tâches et aux quarante heures s’ajoute la technologie qui fait des siennes. Ma débrouillardise est régulièrement poussée à ses limites. Mais jour après jour, j’y arrive. Et malgré la confusion des six derniers mois, j’ai su garder le cap. Je profite en ce moment des avantages du télétravail. Après la fête du travail, je retourne au bureau avec une certaine inquiétude.

Chaque matin depuis le début du confinement, je traverse au parc La Fontaine. J’y ai repris la course. Et les jours de repos, je viens m’y asseoir avec un café pour dessiner avant le début de la journée de travail. Ce rituel est essentiel à ma santé mentale. Dans la pente laissée en friche près de l’étang, le bruissement des grillons a remplacé le grelot des crapauds. Ce son me fait du bien. Il dit qu’à la fin, quand les hommes auront été au bout de leur saccage du monde, la vie sera toujours là. La vigne vierge et la vigne des rivages s’y emmêlent aux verges d’or et aux chardons. Je crois y apercevoir un aulne et un rosier sauvage ainsi qu’une myriade de plantes que mon ignorance laisse dans le noir.

Après avoir arrêté les cours à la fin mars, j’ai pris quatre mois de recul, un temps où je me suis concentré sur la préparation de mon portfolio et la recherche d’emploi. Des démarches qui se sont révélées fructueuses. Même si mon temps est désormais limité, l’envie de terminer le projet de film n’est pas complètement éteinte. Et en revoyant ce premier plan, presque terminé, je retrouve l’envie de m’y replonger.

Pour cette scène, il me reste à ajouter des ombres pour modeler la panthère. Peut-être ajuster la taille des grains de poussière. Des détails que je garde pour la fin. Je dépose cette scène ici comme un souhait. Celui de terminer ce film. Et peut-être un jour, qui sait, de le voir projeter sur un grand écran.

Note à moi-même · Équanimité

Un fermier vivait seul avec son fils tout au bout du rang. Le travail au champs était dur. Un printemps, le vieil homme rassembla ses économies pour acheter un cheval. Le voisin l’aperçut et, appuyé sur la clôture, interpella le fermier : « Bel animal, dit-il, je vous en offre un bon prix si vous voulez me le vendre. » « J’ai vraiment besoin de ce cheval, répondit le vieil homme en souriant, il n’est pas à vendre. » La saison avançait et le cheval se révéla très utile. Mais un jour, il disparut. « Quelle malchance, dit le voisin, votre cheval a été volé. Vous auriez mieux fait de me le vendre. » – « Si c’est une chance ou une malchance, répondit le vieil homme, je ne peux pas en juger. Tout ce que je sais c’est que mon cheval n’est plus dans l’écurie. »

Standing Horse and Reclining Peasant
Jan van Aken, 1614-1661, Detroit Institute of Arts

Quelques jours plus tard, le cheval revint, accompagné de cinq chevaux sauvages. Le voisin les observa avec envie : « Vous en avez de la chance! Ces bêtes sont magnifiques. » Le fermier haussa les épaules : « Comment savoir si c’est une chance ou une malchance, nous ne connaissons pas l’avenir. » Dans les jours suivants, le fils du fermier entreprit de dresser les chevaux. Mais l’un d’eux le fit tomber et il se cassa la jambe. « Quel malheur, dit le voisin, votre fils ne pourra plus vous aider au champ. » Mais le fermier demeurait circonspect :  « Mon fils a perdu l’usage de sa jambe. C’est un fait. Qui peut dire ce qui en découlera ? » À la fin de l’été, une guerre fut déclarée et tous les jeunes hommes de la région furent conscrits et partirent au combat, sauf le fils du fermier qui avait la jambe cassée. Le vieil homme était heureux de garder son fils auprès de lui. Était-ce une chance ou une malchance, il préférait ne pas trancher.

J’aime me rappeler cette histoire, racontée par le moine bouddhiste Thich Nhat Hanh. J’ai tendance à m’emballer facilement devant les événements, même lorsque je n’ai aucune prise sur eux. Je me retrouve alors ballotté d’un côté et de l’autre, au risque de perdre le cap que je m’étais donné. Travailler dans cette période d’incertitudes n’est pas facile. J’ai glané ces conseils sur la Toile. Je les dépose ici pour ne pas les oublier :

  • Avoir une vision globale, me rappeler mon objectif, la raison qui me pousse à continuer.
  • Me concentrer sur une tâche à la fois et lui accorder toute mon attention. Choisir cette tâche en fonction de mon intérêt et de mon énergie du moment. (Parfois, commencer par le dessert est la meilleure option.)
  • Comme le fermier du conte, ne pas présager de l’avenir puisque celui-ci restera toujours hors de ma portée. (C’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire, j’en conviens.)

MMXX

Ce blogue entre aujourd’hui en hibernation. Il sera silencieux jusqu’au retour du printemps. Au cours des prochains mois, je consacrerai toutes mes énergies à la production de mon premier film d’animation, Solstice, ainsi qu’à la préparation de mon portfolio. La première du film aura lieu le 20 mai 2020, à la Maison Théâtre, à Montréal. Je retourne au travail ! À bientôt.

II

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