Note à moi-même · Équanimité

Un fermier vivait seul avec son fils tout au bout du rang. Le travail au champs était dur. Un printemps, le vieil homme rassembla ses économies pour acheter un cheval. Le voisin l’aperçut et, appuyé sur la clôture, interpella le fermier : « Bel animal, dit-il, je vous en offre un bon prix si vous voulez me le vendre. » « J’ai vraiment besoin de ce cheval, répondit le vieil homme en souriant, il n’est pas à vendre. » La saison avançait et le cheval se révéla très utile. Mais un jour, il disparut. « Quelle malchance, dit le voisin, votre cheval a été volé. Vous auriez mieux fait de me le vendre. » – « Si c’est une chance ou une malchance, répondit le vieil homme, je ne peux pas en juger. Tout ce que je sais c’est que mon cheval n’est plus dans l’écurie. »

Standing Horse and Reclining Peasant
Jan van Aken, 1614-1661, Detroit Institute of Arts

Quelques jours plus tard, le cheval revint, accompagné de cinq chevaux sauvages. Le voisin les observa avec envie : « Vous en avez de la chance! Ces bêtes sont magnifiques. » Le fermier haussa les épaules : « Comment savoir si c’est une chance ou une malchance, nous ne connaissons pas l’avenir. » Dans les jours suivants, le fils du fermier entreprit de dresser les chevaux. Mais l’un d’eux le fit tomber et il se cassa la jambe. « Quel malheur, dit le voisin, votre fils ne pourra plus vous aider au champ. » Mais le fermier demeurait circonspect :  « Mon fils a perdu l’usage de sa jambe. C’est un fait. Qui peut dire ce qui en découlera ? » À la fin de l’été, une guerre fut déclarée et tous les jeunes hommes de la région furent conscrits et partirent au combat, sauf le fils du fermier qui avait la jambe cassée. Le vieil homme était heureux de garder son fils auprès de lui. Était-ce une chance ou une malchance, il préférait ne pas trancher.

J’aime me rappeler cette histoire, racontée par le moine bouddhiste Thich Nhat Hanh. J’ai tendance à m’emballer facilement devant les événements, même lorsque je n’ai aucune prise sur eux. Je me retrouve alors ballotté d’un côté et de l’autre, au risque de perdre le cap que je m’étais donné. Travailler dans cette période d’incertitudes n’est pas facile. J’ai glané ces conseils sur la Toile. Je les dépose ici pour ne pas les oublier :

  • Avoir une vision globale, me rappeler mon objectif, la raison qui me pousse à continuer.
  • Me concentrer sur une tâche à la fois et lui accorder toute mon attention. Choisir cette tâche en fonction de mon intérêt et de mon énergie du moment. (Parfois, commencer par le dessert est la meilleure option.)
  • Comme le fermier du conte, ne pas présager de l’avenir puisque celui-ci restera toujours hors de ma portée. (C’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire, j’en conviens.)

Jours d’attente

Pour rétablir un certain équilibre dans mon quotidien, je me suis remis à la lecture, en bande dessinée notamment. J’attendais avec fébrilité Jours d’attente de Simon Leclerc et Thomas Desaulniers-Brousseau. Icare et le géant, le film réalisé par Simon Leclerc en 2011, fait toujours partie de la compilation des «best-of» du programme de dessin animé.


Un déserteur doit se réfugier dans la maison de son grand-père au fond des bois. En attendant la fin de la guerre, il s’intéresse au passé trouble de ce bâtiment qu’il s’affaire à rénover. L’histoire de Thomas Desaulniers-Brousseau, toute en nuances, se déploie lentement, en strates multiples. Mais ce sont les images somptueuses de Simon Leclerc qui m’ont fasciné. La nature y devient magique ou sacrée. Elles brouillent les frontières entre le souvenir, le rêve éveillé et le fantasme. Je n’avais qu’une envie, me baigner dans cet univers et en explorer toutes les facettes.
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Les archétypes rôdent

J’ai retrouvé tant d’histoires qui ressemblent à ma prémisse. Je la croyais unique, née en gribouillant autour de devoirs des cours d’animation ou de personnage. C’est probablement qu’elle touche à quelque chose d’universel, l’archétype de l’enfant qui rencontre les forces de la nature sous les traits d’un fauve. C’est d’ailleurs l’un des arcanes majeurs du tarot: La force.

La force, par Robert Place La force, par Alfons MuchaLa force, par Leo Tang
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La plus simple expression du voyage du héros

Je suis en train de lire Le guide du scénariste de Christopher Vogler et j’essaie d’en appliquer les principes pour simplifier mon scénario et en améliorer l’impact. Vogler synthétise la théorie du monomythe de Joseph Campbell et explique ses applications en scénarisation.

Dans un billet de blogue, Hero’s Journey Short Form, Christopher Vogler répondait à un étudiant qui lui demandait comment adapter sa structure à un court-métrage. Je me suis demandé : qu’en est-il d’un film de 30 secondes ? Les étapes conservées par Christopher Vogler pour un court métrage sont encore trop nombreuses pour être toutes incluses dans un film aussi court.

À partir de sa structure, j’ai fait une analyse (absolument pas scientifique) d’une quinzaine de courts métrages de 30 secondes, réalisés par des étudiants du CÉGEP du Vieux Montréal et de l’École des Gobelins. Lire la suite

Évolution du projet de court-métrage

Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Nicolas Boileau

Une version préliminaire du scénario et du scénarimage seront remis aux professeurs dans les prochaines semaines. Je dois également présenter de nouveau l’histoire, cette fois-ci devant un panel d’étudiants. Le personnage principal a vieilli, il a maintenant 12 ans. La panthère a une allure plus menaçante. Elle ne sera visible que pendant une partie du film, l’accent est mis sur la réaction de l’enfant. Le décor de la chambre s’est précisé et la forêt est devenue un paysage de campagne : champs, collines, boisés. Dan, mon prof de personnage, dit que pour réussir un film poétique, il faut sacrifier la poésie et aller jusqu’à la disséquer. J’ai donc analysé en profondeur la signification de tous les éléments de l’histoire et les motivations du personnage.

Voici les dernières versions du croquis que je présenterai au 2e panel :

COMpLepasseurV2

Il me reste des améliorations à apporter. Lors d’un panel, j’ai entendu une conversation où deux personnes se demandaient s’il s’agissait d’une panthère ; la couleur est à réajuster. Le volume de l’avant-bras droit du garçon et le pied droit avant de la panthère sont à refaire…

Pour voir la toute première version, c’est ici.

Kapakᵘ

À l’arrivée des Français à Uepishtikueiau (là où le fleuve se rétrécit, site de Québéc), au début du 17e siècle, plus de 300 langues autochtones sont parlées à travers l’Amérique du Nord. Plusieurs de ces langues sont aujourd’hui disparues. La langue innue nous est parvenue. Elle appartient à la famille des langues algonquiennes qui comprend une trentaine de langues (dont l’attikamekw, le micmac et le cri).

L'arrivée des Français

Premier dessin d’un projet de fanzine sur l’innu aimun, la langue innue. J’ai zigonné vraiment longtemps sur les reflets sous la chaloupe, mais je n’en suis pas encore satisfait…