Le trousseau

Pendant longtemps, je n’envisageais même pas la fin de cette formation en dessin animé. Je traversais une session à la fois, sans regarder plus loin. Puis, j’ai réalisé que les années avaient passé, que terminer devenait possible. Afin de rendre cet objectif encore plus tangible et de nourrir ma motivation à persévérer, j’ai commencé à rassembler dans une boîte à chaussure ce qui pourrait faire office de cadeaux de fin d’études. J’y ai d’abord déposé les stylos pinceaux qu’un ami de mon coloc m’avait rapportés du Japon et que je n’ai jamais essayés, faute de temps. Se sont ajoutés un Moleskine rouge, puis d’autres éléments que je serai heureux de retrouver lorsque le temps libre sera de retour dans ma vie.

anais nin
Dessin de Léonie Bischoff, Anais Nin, sur la mer des mensonges, source : Casterman

Le trousseau, jusqu’ici :

  • Les stylos pinceaux Kuratake et Platinum ;
  • un Moleskine rouge, un autre pour l’aquarelle et plusieurs carnets à dessin de format et de qualité variable ;
  • une boîte de crayons Aristochrom de Koh-i-Noor à mines multicolores. Ce sont les crayons que Léonie Bischoff a utilisés pour réaliser le fascinant album Anaïs Nin, sur la mer des mensonges ;
  • une réserve de crayons HB ;
  • The Modern Library Writer’s Workshop, un ouvrage sur l’écriture de fiction, découvert par hasard dans une conversation sur Twitter. Parce que l’écriture me manque et que je compte bien continuer à inventer mes propres histoires ;
  • et finalement, j’y ai remisé mon harmonica. Je n’ai pas trouvé le temps d’y toucher depuis plusieurs mois.

trousseau

En ce moment, les journées se suivent et se ressemblent dans mon bureau sans fenêtre. L’animation peut être une tâche fastidieuse. Je travaille de chez moi depuis janvier. Je rencontre deux professeurs chaque semaine, j’ai néanmoins le sentiment de travailler seul sur ce projet. C’est parfois lourd à porter. Nos films seront présentés le 25 mai prochain, lors d’une soirée de gala virtuelle. Je soulignerai l’événement en levant un verre de mousseux californien, de mon salon. Je ne sais pas de quoi sera fait l’avenir. Mes seules certitudes sont rassemblées dans une boîte à chaussures, comme un message dans une bouteille qui me soufflera à l’oreille : dessine, invente, n’arrête pas de créer.

Chantecler

Mon film est sans paroles ni intertitres. La présence des mots me manquait. J’ai donc eu l’idée d’intégrer quelques lignes dans l’affiche. Je cherchais un aphorisme qui parlait du jour et de la nuit, plus précisément de la lumière en soi qui permet de traverser la nuit. Je suis tombé sur cette citation par hasard. J’en ai cherché la source ; sur le Web, les citations mal attribuées sont légion. J’ai trouvé qu’elle provenait d’une pièce de théâtre d’Edmond Rostand, Chanteclerc. L’histoire d’un coq très fier qui prétendait commander le lever le jour.

C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière !
Chantecler – Acte II – Scène III, Edmond Rostand

Ces mots conviennent parfaitement. Ils présentent le thème du film sans rien révéler de l’histoire. Je les ai ajoutés dans le haut de l’affiche.

Charmante carte postale promotionnelle de la pièce Chantecler d’Edmond Rostand (1910)

Les archétypes rôdent

J’ai retrouvé tant d’histoires qui ressemblent à ma prémisse. Je la croyais unique, née en gribouillant autour de devoirs des cours d’animation ou de personnage. C’est probablement qu’elle touche à quelque chose d’universel, l’archétype de l’enfant qui rencontre les forces de la nature sous les traits d’un fauve. C’est d’ailleurs l’un des arcanes majeurs du tarot: La force.

La force, par Robert Place La force, par Alfons MuchaLa force, par Leo Tang
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