Festival de Guanajuato

Je viens d’apprendre que Solstice sera projeté gratuitement pour les enfants de Guanajuato (Mexique), le 11 novembre prochain, dans le cadre de la 11e édition du Festival GUCE. Ça me fait toujours un velours d’imaginer une salle d’enfants découvrant cette histoire que j’ai imaginée pour eux. Le film est si court, j’espère qu’ils auront le temps de s’y projeter. Sur Wikipédia, j’ai appris que la ville de Guanajuato, capitale de l’état du même nom sur le plateau central du Mexique, est jumelée à la ville de Québec.

Affiche du festival GUCE« Le Festival du film européen de Guanajuato (GUCE) est un festival universitaire annuel qui se tient dans la ville de Guanajuato, au Mexique, et qui permet de profiter d’un cinéma européen de qualité et de créer une synergie entre les industries cinématographiques d’Europe et du Mexique. Il propose des productions cinématographiques européennes qui ont remporté un grand succès auprès de la critique et du public, ont été récompensées par les académies de cinéma de leurs pays respectifs et représentent des exemples pertinents de la réalité cinématographique des nations européennes.

Il offre également des espaces pour l’analyse de la réalité cinématographique européenne et mexicaine, et permet de profiter d’autres manifestations culturelles à travers leur relation avec le cinéma, ce qui propose une expérience intense du cinéma en général et du cinéma européen en particulier, visant à réaffirmer que le cinéma, après plus d’un siècle d’existence, est un phénomène social et culturel de premier ordre. » – site du Festival GUCE

Cette année, le festival présentera une rétrospective du cinéma polonais.

Le vertige

J’ai traversé les dernières années comme un long tunnel. J’ai retenu ma respiration. J’avais le sentiment que mon temps était compté, que c’était peut-être ma dernière chance de vivre pour dessiner. Après trois années de cours au collégial et deux autres à bosser sur des productions américaines dans un studio d’animation de Montréal, j’ai remis ma démission. Épuisé. J’ai eu envie, au moins pour un temps, de mettre mes énergies sur ce qui m’a amené dans ce domaine, le désir de faire de l’illustration et de la bande dessinée. Je me retrouve devant une page blanche, avec l’espoir que le blanc du papier se peuple de mes envies et de mes aspirations. Je plisse les yeux, ébloui. Et j’ai encore bien du mal à rester immobile et à supporter l’incertitude et le silence. Respirer.

Hors du cadre, c’est le ressac. Mes démons m’attendaient au détour…

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Plaisir perdu

Quelle curieuse idée que celle de vouloir gagner sa vie en dessinant! Il m’en a fallu des efforts et des sacrifices pour y arriver. Ce n’est pas pour rien que la plupart des gens ne changent pas de carrière à la mi-temps de la vie; c’est dur sur le corps. Contre vents et marées, j’ai réussi un retour aux études en animation, j’ai réalisé un premier film, lauréat d’une bourse, j’ai décroché le poste que je désirais dans le studio que j’avais choisi… Mais je me demande si je n’ai pas perdu quelque chose au change.

Les qualités qui m’ont permis d’atteindre cet objectif professionnel, cette faculté d’organisation et cette discipline quasi militaire, deviennent un frein à un véritable travail de création et en chasse tout le plaisir. C’est devenu un automatisme, dès que j’ai une idée, je me mets tout de suite à planifier. Je me demande comment le produit final pourrait bonifier mon portfolio, nourrir ma présence en ligne. Cette propension à l’optimisation est exacerbée par le peu de temps libre que je peux consacrer à des projets personnels. Il n’y a plus de place pour le plaisir de l’exploration. Et la plupart du temps, je finis par constater que l’idée qui m’est venue est morte dans l’œuf.

À coups de quarante heures par semaine, mon emploi accapare toutes mes énergies. Le travail sur un pipeline de production d’une série américaine n’a rien de créatif, les tâches se répètent et il n’y a pas de place pour les individualités. Je sais qu’adopter le style d’une production, s’effacer devant les noms qui seront au générique peut être une excellente école. Je me suis dit que j’allais apprendre. Et j’ai appris. Sauf qu’après plusieurs mois, j’ai l’impression que cet apprentissage ne débouche que sur plus d’effacement et un travail toujours plus mécanique. Le produit final ne suscite pas mon enthousiasme. Moi qui rêvais de créer de l’émerveillement, j’ai participé à la fabrication d’un produit insipide. Sa principale utilité est de divertir et de rendre les cerveaux malléables au battage publicitaire.

Je pressens bien que le salut se cache du côté du papier, loin du scintillement des pixels et des sirènes des médias sociaux, plus près de la matière et de l’intime. Le mince fil qui me relie encore à la création est un carnet de croquis à deux sous et des crayons de bois à mines multicolores.

Marionnettes de Tadeusz Wilkosz, animateur polonais qui a enchanté mon enfance. Photographie : BIBIANA, the international house of art for children, Bratislava, Slovaquie

Le Jour J

Image du film Solstice
C’est ce soir que sera présenté pour la première fois mon film de fin d’études, Solstice. C’est l’aboutissement d’une aventure qui aura finalement duré quatre ans. Un changement de carrière à la mi-temps de la vie, un retour au collégial avec des étudiants qui auraient pu être mes enfants, quatre années de doutes et de remises en question. Et la réalisation d’un premier court métrage en pleine pandémie. J’ai atteint, un à un, chacun des objectifs qui se sont précisés au cours des dernières années. J’ai désormais un pied dans l’industrie de l’animation, une plus grande confiance dans mes moyens et tout un bagage pour continuer à dessiner.

Le moment est venu de lâcher prise et de laisser mon (très) court métrage prendre son envol…

MAJ 26-05-2021 : Solstice a remporté la bourse Cinesite lors du gala des finissants en dessin animé. « Pour l’exécution globale de l’histoire et la maîtrise des couleurs, qui étaient très harmonieuses. Tous les ingrédients sont bien balancés, aussi bien l’ambiance, le rythme que les compositions. » – Aude Besrest, Cinesite