Ressac

Quatre années durant, j’ai focalisé toutes mes énergies vers l’atteinte d’un seul objectif : terminer ce DEC en dessin animé. Je suis exigeant avec moi-même et j’ai tendance à mettre tous mes œufs dans le même panier. J’ai obtenu d’excellents résultats, terminé mon film qui a même remporté une bourse. La pandémie a fait tomber tous les rituels de passage et du jour au lendemain… tout était fini. Je me retrouve devant un grand vide sans trop m’y être préparé. Je me sens lessivé, amoché. Me rendre jusque là en solitaire m’a demandé tellement d’efforts que je n’avais pas envisagé la suite. Des questions existentielles s’élèvent devant moi. J’ai complété ces cours en me disant que ce bagage me serait utile en bande dessinée. Est-ce le chemin que je veux emprunter ? J’ai pensé que dessiner pour gagner ma vie me suffirait. Est-ce le cas ? Je n’en suis pas sûr.

J’avais prévu de prendre quelques semaines de recul. Je sais que je dois laisser la poussière retomber. Accepter ce moment de flottement. Mais je ne suis pas doué pour le repos. Je me suis remis à courir avec plus de sérieux. Et à lire, avec plus de liberté. Dans l’espoir que des voies mûrissent avec l’été.

Je lis en ce moment La dramaturgie, d’Yves Lavandier. Dans une longue entrevue, la cinéaste d’animation, Diane Obomsawin avait mentionné ce titre qui traite de scénarisation. C’est un ouvrage bien structuré, clair et particulièrement généreux. Ce que j’ai trouvé de mieux jusqu’ici sur le sujet. Yves Lavandier s’inspire autant de La poétique d’Aristote que des maîtres du cinéma hollywoodien. Il puise ces exemples dans les chefs d’œuvres de la littérature universelle, la bande dessinée et les séries télé. Et souligne à maintes reprises l’importance de la structure dans un récit. Je réalise que les principes du design : unité, contraste, rythme et dominance, sont tout aussi pertinents en scénarisation qu’en conception visuelle !

Scène du film North by Northwest (1959)
Scène du film d’Alfred Hitchcock, North by Northwest (1959), un scénario diablement efficace qu’Yves Lavandier cite en exemple. © MGM
La dramaturgie, l'art du récit, couverture
Feuilleter ce livre.

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Yves Lavandier, La dramaturgie, l’art du récit
Les Impressions Nouvelles, 2019

Le Rio – 3e partie

Le Rio 3e partie

La vie commence lorsque tu sors de ta zone de confort. – N. D. Walsch (traduction libre)

Voici les dernières planches couleur de ma bande dessinée Le rio. Ouf ! La couleur, c’est plus de travail que ce que je croyais. C’est la première histoire que je mène aussi loin, vos commentaires et votre feed-back sont plus que bienvenus.

Bonne lecture
–PY

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English version

L’histoire d’une case

scénarimage
1ère esquisse : scénarimage

Cette histoire me trottait dans la tête depuis un moment déjà. Le scénarimage (story-board) s’est donc fait très rapidement, les éléments mis en place ont été peu modifiés par la suite. J’ai réalisé cette étape sur des feuilles 8½ x 11″ pliée en deux, un format proche de celui de la publication papier. Cela m’a permis de voir clairement l’effet des planches qui se feraient face et d’utiliser les pauses lorsque le lecteur tourne la page pour créer une certaine tension.

La scène se déroule la nuit dans les rues de la capitale, j’ai choisi un édifice qui pourrait représenter n’importe quelle ville coloniale des Caraïbes. Il s’agit de l’Edificio de Arte Internacional du Museo Nacional de Bellas Artes, à la Havane. (Lors d’un voyage à Cuba, j’ai cherché un taxi la nuit dans ce secteur.)

Étude du bâtiment
Étude du bâtiment
Universal Arts museum in old havana© Cuba Absolutely, 2014
Photo : lahabana.com © Cuba Absolutely

 

 

 

 

 

 

 

 

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Je crois que j’ai trop travaillé le crayonné. L’encrage n’a rien ajouté, le dessin a peut-être même perdu un peu de souplesse. Mais bon, c’était la première page et j’avais peur de faire des erreurs. J’ai fait l’encrage avec des plumes techniques (Steadler pigment liner, pas idéales parce que jetables, mais c’est un outil avec lequel j’étais confortable).

 

Crayonné et encrage
Crayonné et encrage

Pour faire la couleur, j’ai suivi plusieurs conseils donnés par Jessica Abel et Matt Madden dans leur bouquin Mastering Comics. J’ai d’abord réduit la résolution de 1200 à 600 DPI. Comme les fichiers noir et blanc étaient en mode bitmap, il a été facile d’isoler les traits sur un calque, après être passé en mode CMJN, et de placer la couleur dans des calques en dessous.

Dans Photoshop, j’ai utilisé principalement l’outil crayon, sans lissage. De cette façon, les zones de couleurs (sans bordures floues) pouvaient être modifiées simplement et rapidement. J’ai géré les couleurs sur trois calques différents (personnages, figurants et décor). Au départ, j’ai tenté de coller le plus possible à une palette de couleur prédéfinie.

Pour être efficace, j’ai commencé par les zones les plus grandes. (Image 1) J’ai ensuite bloqué les pixels transparents pour faire les zones plus petites. Une fois les aplats de couleur à peu près satisfaisants, j’ai commencé à les modifier avec l’outil teinte-saturation-luminosité (ctrl-U).

Image 2 : J’ai ajouté quelques dégradés sur un calque à part, de façon à toujours pouvoir modifier facilement les aplats de couleurs. J’ai ajouté des ombres (un calque en mode produit à environ 60 % d’opacité) et des effets de lumière (calque en mode superposition), principalement sur les bâtiments.

Image 3 : J’ai ajouté un filtre photo pour réchauffer la scène. Un orange rosé. Je cherchais à évoquer une nuit chaude et poussiéreuse dans une ville tropicale. Le filtre photo a l’avantage de donner plus d’unité aux couleurs que j’avais légèrement désaturées. J’ai « backé » le noir avec un gris bleuté (pour rendre le noir plus profond si jamais ce fichier est un jour imprimé sur papier.)

Étape de la couleur
Étapes de la couleur

Après des jours et des jours de taponnage, je n’étais toujours pas satisfait du résultat. Il a fallu à un certain point que je lâche prise pour passer aux pages suivantes. Disons que je suis satisfait du résultat à, mettons, 80 %. (À ce point, il ne restait à peu près rien de la palette de départ.) J’ai trouvé vraiment intéressant de jouer avec les nuances de peau pour représenter les métissages culturels et la sensualité des Cubains. Et j’ai réalisé que j’étais complètement pourri avec tout ce qui est vêtements.

Voilà. Les prochaines planches couleur seront publiées ici mardi prochain le 2 février. La version N&B a été publiée dans la revue Vestibulles. Voir la case finale dans son contexte (p.1).

Le Rio

PYcomtois_LeRio01COUNE
Jérôme s’était préparé des vacances sans tracas sous le soleil des tropiques. Un soir, il décide de s’aventurer hors du « tout inclus » pour passer une soirée dans la capitale…

Voici les 4 premières planches couleur de ma bande dessinée Le Rio. J’ai eu beaucoup de plaisir à dessiner cette histoire, j’espère que vous apprécierez le voyage !

Mise à jour tous les mardis. Les prochaines planches seront mises en ligne le mardi 2 février 2016. Une version de cette histoire est parue en noir et blanc dans le numéro 52 de la revue Vestibulles.

Vestibulles #52

Le numéro 52 de la revue Vestibulles sera lancé la semaine prochaine. Vous pourrez y découvrir les réalisations des participants à l’atelier de BD donné par Jimmy Beaulieu, l’automne dernier.

Voici l’illustration que j’ai réalisée pour la couverture.

Couverture du Vestibulles

C’est le signe que le congé des Fêtes est terminé… Et que le temps est venu de sortir de mon divan et de me remettre à dessiner (et à me chercher une job avec plus de sérieux) !

P.-S. Sur cette couverture, on devrait pouvoir reconnaître quelques participants de l’atelier, le chanteur Éric Lapointe (qui a inspiré certaines histoires) et l’auteur Pascal Girard dans son look de Conventum. J’ai cherché l’inspiration dans les magnifiques albums de Fantômas de Julie Rocheleau pour les couleurs… ça donne ce que ça donne… :-)