Déposer la vie sur le papier

J’ai reçu un courriel annonçant le retour des ateliers intensifs de modèle vivant, après une pause pandémique de près de deux ans. Une occasion en or de renouer avec le dessin d’observation : 10 modèles qui se succèdent, pendant 5 jours, dans une salle bien équipée du pavillon de design de l’UQAM. Les matinées sont réservées aux poses courtes, les après-midi, aux poses longues. Tout de suite, je me suis inscrit.

Installé derrière mon chevalet, tout à la joie de me retrouver là, j’observais la vingtaine d’artistes qui avaient pris place autour du modèle. De tous âges et de tous les niveaux. Puis, poussé par la brièveté des premières poses, je me suis concentré sur les gestes et je suis entré imperceptiblement dans la zone. La notion du temps a disparu. Le présent s’est déployé pour occuper tout mon esprit.

J’ai toujours utilisé le fusain lors de mes ateliers de modèle vivant. Après quelques jours où j’ai retrouvé mes habitudes, je me suis dit que j’étais trop à mon aise et qu’il fallait essayer un nouveau médium. L’aquarelle me fait de l’œil depuis longtemps, je me suis équipé récemment, le moment était venu de plonger. Je suis donc sorti de ma zone de confort. J’ai moins bien dormi la veille. J’avais peur de me planter. D’autant plus qu’il y avait dans la salle des pros de l’aquarelle. Il m’a fallu lutter contre ma tendance à me comparer et me concentrer sur le processus plutôt que sur les résultats. Persévérer malgré les ratés et les imperfections

C’est lors des poses rapides du matin (30 secondes à 15 minutes) que j’ai obtenu les dessins les plus vivants. La brièveté des poses m’a obligé à mettre de côté tout désir de contrôle. Et dans l’élan, j’ai expérimenté sans trop réfléchir.

Cliquez sur l’une des images pour lancer le diaporama.

Lire la suite

Le vertige

J’ai traversé les dernières années comme un long tunnel. J’ai retenu ma respiration. J’avais le sentiment que mon temps était compté, que c’était peut-être ma dernière chance de vivre pour dessiner. Après trois années de cours au collégial et deux autres à bosser sur des productions américaines dans un studio d’animation de Montréal, j’ai remis ma démission. Épuisé. J’ai eu envie, au moins pour un temps, de mettre mes énergies sur ce qui m’a amené dans ce domaine, le désir de faire de l’illustration et de la bande dessinée. Je me retrouve devant une page blanche, avec l’espoir que le blanc du papier se peuple de mes envies et de mes aspirations. Je plisse les yeux, ébloui. Et j’ai encore bien du mal à rester immobile et à supporter l’incertitude et le silence. Respirer.

Hors du cadre, c’est le ressac. Mes démons m’attendaient au détour…

Lire la suite

Bruant familier

En courant, au détour d’un sentier sur le Mont-Royal, mon regard a été accroché par l’éclat de quelques trilles blancs entourés de talles d’érythrones d’Amérique. Cette partie de la montagne, à l’écart du chemin Olmsted, avait échappé au piétinement des visiteurs. Je me suis arrêté pour les admirer, lorsqu’un petit oiseau s’est perché sur une branche à quelques mètres de ma tête. Je n’ai plus bougé, il s’est posé près de mes pieds et m’a laissé l’observer pendant qu’il cherchait des insectes au sol. Le rouge ferreux du dessus de sa tête s’enflammait dès qu’il traversait une tache de soleil. De retour chez moi, j’ai fouillé dans mes guides pour l’identifier. Il s’agissait d’un bruant familier (Spizella passerina), un migrateur qui passe l’hiver dans le sud des États-Unis et au Mexique. Je suis fasciné par ces vols d’oiseaux qui traversent des continents, guidés par des sens que nous n’arrivons pas encore à comprendre. Le bruant familier apprécie les milieux ouverts et s’est bien adapté aux environnements modifiés par l’être humain. On dit que c’est le plus urbain des bruants.

Bruant familier
© Pierre-Yves Comtois, plume fontaine, aquarelle, 8 mai 2022

Depuis quelque temps, je m’essaie à l’aquarelle. Ça me change de Photoshop. Je dévore en ce moment, le livre de Felix Scheinberger, Urban watercolor sketching, a guide to drawing, painting and storytelling in color. Et j’ai voulu immortaliser cette rencontre printanière avec ce médium. Comme modèle, j’ai utilisé une photographie de Liz Jaffin présentée sur le site d’Audubon.org.

Le bonheur des oiseaux

En ce temps troublé, dans nos vies confinées, reste le plaisir d’observer les oiseaux, de nos fenêtres ou de nos balcons.

Les vents des derniers jours ont été favorables aux oiseaux migrateurs. Très tôt ce matin, une grive des bois de passage, Hylocichla mustelina, chantait dans la ruelle, derrière chez moi. Cette espèce est en déclin, possiblement à cause de la déforestation, au Québec comme dans ses quartiers d’hiver, en Amérique centrale.


Le chant de la grive des bois se compose de phrases musicales de cinq ou six notes et se termine en trille doux. Je l’associe aux premières lueurs de l’aube et aux mystères de la forêt. (Audio © Lang Elliott, Bob McGuire, Kevin Colver, Martyn Stewart, Audubon.org.)

Les jours d’été ne seraient pas les mêmes sans la gaieté et le vol ondoyant du chardonneret jaune, qui porte très mal son nom scientifique, Spinus tristis. Il chante souvent en volant, modulant son phrasé au rythme de ses ondulations. Dans la plupart des régions, les chardonnerets nichent tard en saison, en juillet et en août, au moment où les graines dont ils se nourrissent sont les plus abondantes : asclépiade, aster, tournesol, chardon, etc.


Une faim de panthère

Il y a une douceur infinie dans cet album de Pénélope Jossen, publié par L’école des loisirs. Une faim de panthère aborde avec humour et candeur les peurs nocturnes des tout-petits. Chaque soir, au moment de dormir, Amande appréhende les cauchemars. Mais ce soir-là, c’est une panthère noire qui bondit dans sa chambre. Amande lui tiendra tête et découvrira quel est son secret. À partir de 3 ans.

Couverture : Une faim de panthère
Il s’agit d’une autre trouvaille de ma recherche pour le court-métrage. Décidément, les histoires de panthères et d’enfants sont légion. J’ai particulièrement aimé dans cet ouvrage l’équilibre qui bascule de la peur au courage. Et cette obscurité illustrée par des gris doux et chauds, peints à l’aquarelle.

Une faim de panthère, Pénélope Jossen, L’école des loisirs, 2010

Edward Julius Detmold & Charles Maurice Detmold

Les frères Detmold, Edward Julius et Charles Maurice, furent des illustrateurs prolifiques de l’ère victorienne. Très tôt dans l’enfance, ils se passionnent pour les sciences naturelles et sont fascinés par la représentation des plantes et des animaux dans l’estampe japonaise. Les jumeaux Detmold ont fait leur première exposition à Londres, à l’âge de 13 ans, à la Royal Academy of Arts et au Royal Institute of Painters in Water Colour. En 1903, à l’âge de 20 ans, ils réalisent 16 aquarelles pour illustrer Le livre de la jungle de Rudyard Kipling, publié par les éditions MacMillan. Ce fut pour eux la consécration.Illustration des frères DetmoldJ’admire comment les frères Detmold marient la rigueur scientifique aux influences de l’Art nouveau. Lire la suite