4 mouvements pour soulager une tendinite à l’épaule

Comme bien des gens, dans le contexte de la pandémie, j’ai dû m’installer un bureau de fortune pour travailler de chez moi. J’ai la chance d’avoir un ordinateur performant, mais mon bureau sans fenêtre n’est pas optimal. Les premiers temps, j’ai travaillé sur une chaise de bois qui appartenait à mon grand-père. Cette chaise n’était pas assez haute. Et à force de dessiner dans une mauvaise position, j’ai commencé à ressentir des douleurs dans l’épaule. La tendinite est une inflammation du tendon, le tissu qui relie le muscle à l’os. Elle peut être causée par un traumatisme ou par un mouvement répétitif  (dans ce cas-ci, le dessin). Je cours depuis une vingtaine d’années et j’ai expérimenté quelques tendinites et leurs lents rétablissements. Mon expérience avec les tendinites m’a appris que si le repos est essentiel, il est important de ne pas cesser de bouger. Les exercices d’assouplissement et de renforcement permettent de diminuer la douleur et de favoriser le rétablissement. Mais il faut se montrer très patient, aller trop vite risque de relancer l’inflammation et de retarder la guérison. Il faut donc s’armer de douceur et pousser les mouvements sans jamais atteindre la douleur.

Voici quatre mouvements qui participent à mon rétablissement :

Note : Je ne suis pas physiothérapeute, j’ai simplement illustré des exercices qui m’ont personnellement aidé. Ces mouvements ne remplacent pas un avis ou un traitement médical. J’ai trouvé cette série d’exercices sur la chaîne Youtube du Dr Jo, une physiothérapeute américaine. Je les fais régulièrement depuis quelques semaines.

premier exercice

J’ai trouvé une chaise qui s’ajuste en hauteur. Je prends souvent des pauses. La douleur s’amenuise, lentement, mais elle revient si je ne fais pas attention. Je dois persévérer.

Pour aller plus loin : Draw stronger, Kriota Willberg, Uncivilized Books, 2018, un ouvrage écrit spécifiquement pour les dessinateurs. (Disponible à la BAnQ, Quand elle réouvrira.)

Note à moi-même · Équanimité

Un fermier vivait seul avec son fils tout au bout du rang. Le travail au champs était dur. Un printemps, le vieil homme rassembla ses économies pour acheter un cheval. Le voisin l’aperçut et, appuyé sur la clôture, interpella le fermier : « Bel animal, dit-il, je vous en offre un bon prix si vous voulez me le vendre. » « J’ai vraiment besoin de ce cheval, répondit le vieil homme en souriant, il n’est pas à vendre. » La saison avançait et le cheval se révéla très utile. Mais un jour, il disparut. « Quelle malchance, dit le voisin, votre cheval a été volé. Vous auriez mieux fait de me le vendre. » – « Si c’est une chance ou une malchance, répondit le vieil homme, je ne peux pas en juger. Tout ce que je sais c’est que mon cheval n’est plus dans l’écurie. »

Standing Horse and Reclining Peasant
Jan van Aken, 1614-1661, Detroit Institute of Arts

Quelques jours plus tard, le cheval revint, accompagné de cinq chevaux sauvages. Le voisin les observa avec envie : « Vous en avez de la chance! Ces bêtes sont magnifiques. » Le fermier haussa les épaules : « Comment savoir si c’est une chance ou une malchance, nous ne connaissons pas l’avenir. » Dans les jours suivants, le fils du fermier entreprit de dresser les chevaux. Mais l’un d’eux le fit tomber et il se cassa la jambe. « Quel malheur, dit le voisin, votre fils ne pourra plus vous aider au champ. » Mais le fermier demeurait circonspect :  « Mon fils a perdu l’usage de sa jambe. C’est un fait. Qui peut dire ce qui en découlera ? » À la fin de l’été, une guerre fut déclarée et tous les jeunes hommes de la région furent conscrits et partirent au combat, sauf le fils du fermier qui avait la jambe cassée. Le vieil homme était heureux de garder son fils auprès de lui. Était-ce une chance ou une malchance, il préférait ne pas trancher.

J’aime me rappeler cette histoire, racontée par le moine bouddhiste Thich Nhat Hanh. J’ai tendance à m’emballer facilement devant les événements, même lorsque je n’ai aucune prise sur eux. Je me retrouve alors ballotté d’un côté et de l’autre, au risque de perdre le cap que je m’étais donné. Travailler dans cette période d’incertitudes n’est pas facile. J’ai glané ces conseils sur la Toile. Je les dépose ici pour ne pas les oublier :

  • Avoir une vision globale, me rappeler mon objectif, la raison qui me pousse à continuer.
  • Me concentrer sur une tâche à la fois et lui accorder toute mon attention. Choisir cette tâche en fonction de mon intérêt et de mon énergie du moment. (Parfois, commencer par le dessert est la meilleure option.)
  • Comme le fermier du conte, ne pas présager de l’avenir puisque celui-ci restera toujours hors de ma portée. (C’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire, j’en conviens.)

MMXX

Ce blogue entre aujourd’hui en hibernation. Il sera silencieux jusqu’au retour du printemps. Au cours des prochains mois, je consacrerai toutes mes énergies à la production de mon premier film d’animation, Solstice, ainsi qu’à la préparation de mon portfolio. La première du film aura lieu le 20 mai 2020, à la Maison Théâtre, à Montréal. Je retourne au travail ! À bientôt.

II

Si vous souhaitez être avisé du retour des publications, laissez un commentaire sous cet article. (si vous lisez ceci sur la page d’accueil, cliquez d’abord sur le titre du billet pour accéder aux commentaires au bas de la page.)

La marche de Maja

Et c’est reparti ! D’ici le 26 janvier, je dois avoir terminé la couleur des décors et l’animation brouillon des douze plans de mon démo. Je ne sais pas si je vais y arriver, je ferai de mon mieux. Pour commencer en douceur, j’ai revu un tutoriel d’Aaron Blaise sur la marche des quadrupèdes. Et j’ai dessiné un cycle de marche pour le personnage de Maja, la panthère, dont voici le premier jet :

Ma motivation est encore chancelante. Je suis encore sonné de la dernière session. J’ai décidé que j’allais donner priorité à ma santé : je reprends la course à pied. Et réserver un espace dans mon quotidien pour la lecture. Je m’en suis remis à la synchronicité à la Grande bibliothèque, en explorant le rayon des livres sur la motivation. Il y a dans cette section beaucoup de grands n’importe quoi, des approches bidons, recyclées par des pseudo coachs de vie. J’ai eu la chance de tomber sur un ouvrage de Piero Ferrucci, psychologue ayant popularisé l’approche de la psychosynthèse : Your inner will.

Sans complaisance, Piero Ferrucci explore les fondements de la volonté. Il illustre son propos par des histoires tirées de la mythologie ou du folklore. Un livre costaud, complexe et passionnant. Je lis bien en anglais, mais la richesse du vocabulaire m’a demandé quelques efforts. L’une des recommandations du Dr Ferrucci est de tenir un journal. Prendre une distance avec les événements et nos réactions permet de développer une vision plus claire de nos souhaits les plus sincères. C’est ce que je ferai ici.

Sur Facebook, j’ai vu passer la suggestion de Jennifer : Draw stronger, de Kriota Willberg. Guide très exhaustif sur la prévention des blessures chez les dessinateurs. Je connais plusieurs dessinateurs qui ne peuvent plus créer sans souffrir. Le sujet est donc important, et Kriota Willberg est une experte sur la question, mais l’ouvrage gagnerait à être synthétisé. Les gags sont sympathiques, mais répétitifs.

Les archétypes rôdent

J’ai retrouvé tant d’histoires qui ressemblent à ma prémisse. Je la croyais unique, née en gribouillant autour de devoirs des cours d’animation ou de personnage. C’est probablement qu’elle touche à quelque chose d’universel, l’archétype de l’enfant qui rencontre les forces de la nature sous les traits d’un fauve. C’est d’ailleurs l’un des arcanes majeurs du tarot: La force.

La force, par Robert Place La force, par Alfons MuchaLa force, par Leo Tang
Lire la suite

Le lion de Jacob

J’ai eu un coup de foudre pour Jim’s Lion de Russell Hoban et Alexis Deacon, traduit en français par Monsieur Ed, sous le titre Le lion de Jacob. C’est l’histoire d’un petit garçon qui doit affronter des peurs trop grandes pour l’enfance et qui découvre en lui le courage sous la forme d’un lion gigantesque. Un thème qui se rapproche davantage du scénario que je tente de développer pour mon court-métrage.

Lion
Illustration d’Alexis Deacon

Les mots de Russell Hoban, tout en délicatesse, vont à l’essentiel pour raconter le quotidien de l’enfant. Ils s’effacent presque complètement lorsque celui-ci entre dans le monde des rêves. Les illustrations foisonnantes et redoutables d’efficacité d’Alexis Deacon prennent alors la relève. Juste et puissant, le résultat évoque l’imaginaire et la folie des bandes dessinées de Winsor McCay. Lire la suite

Ma panthère noire

Cet été, je dois finaliser mon scénario. J’ai fait de la recherche pour voir si des histoires similaires existaient. Ma première inspiration est venue du souvenir d’un livre que j’aimais beaucoup enfant, La grande nuit d’été (1957), de Lida Durdivoka, illustré par Romain Simon. Un garçon est entraîné par son chat dans la forêt lors d’une nuit magique où les animaux parlent et font la fête. Je rêvais de vivre une telle expérience.
La grande nuit d'été
Le livre est désormais difficile à trouver. J’en ai déniché un exemplaire à la Collection nationale.

À la Grande Bibliothèque, j’ai trouvé un livre pour enfant avec une prémisse vraiment très proche de la mienne. Ma panthère noire, d’Anne Sibran, illustré par Caroline Gamon. Par la fenêtre de sa chambre, une enfant aperçoit le regard d’une panthère au fond du jardin. Lire la suite

Évolution du projet de court-métrage

Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Nicolas Boileau

Une version préliminaire du scénario et du scénarimage seront remis aux professeurs dans les prochaines semaines. Je dois également présenter de nouveau l’histoire, cette fois-ci devant un panel d’étudiants. Le personnage principal a vieilli, il a maintenant 12 ans. La panthère a une allure plus menaçante. Elle ne sera visible que pendant une partie du film, l’accent est mis sur la réaction de l’enfant. Le décor de la chambre s’est précisé et la forêt est devenue un paysage de campagne : champs, collines, boisés. Dan, mon prof de personnage, dit que pour réussir un film poétique, il faut sacrifier la poésie et aller jusqu’à la disséquer. J’ai donc analysé en profondeur la signification de tous les éléments de l’histoire et les motivations du personnage.

Voici les dernières versions du croquis que je présenterai au 2e panel :

COMpLepasseurV2

Il me reste des améliorations à apporter. Lors d’un panel, j’ai entendu une conversation où deux personnes se demandaient s’il s’agissait d’une panthère ; la couleur est à réajuster. Le volume de l’avant-bras droit du garçon et le pied droit avant de la panthère sont à refaire…

Pour voir la toute première version, c’est ici.

Clair-obscur

La semaine de lecture m’a permis d’explorer la pensée de l’un des pionniers de l’animation américaine, Maurice Noble. L’ouvrage The Noble Approach, Maurice Noble and the Zen of Animation Design décrit sa méthode de travail, de l’idéation jusqu’au dessin final.

Après les premiers essais de composition (thumbnails) et bien avant le choix des couleurs finales, Maurice Noble accordait une grande importance aux valeurs. La valeur est l’intensité lumineuse d’une couleur, du clair à l’obscur. Selon lui, si une composition fonctionne en nuances de gris, elle fonctionnera aussi bien avec à peu près n’importe quelle couleur. Il testait d’ailleurs ses premières ébauches en utilisant un filtre rouge ou bleu qui masquait les teintes et les saturations.

Dans son approche de la couleur, Maurice Noble a été influencé par le travail de plusieurs artistes du clair-obscur : Rockwell Kent, Paul Landacre, Lynd Ward et Gustave Doré, dont voici quelques gravures:

Gustave Doré, L’enfer de Dante, Wikimedia

Le contraste guide l’œil et l’amène à concentrer son attention, là où l’artiste le souhaite. Il crée des effets dramatiques ou resserre l’espace autour d’un personnage afin de créer une zone d’intimité. Particulièrement en animation, l’utilisation des valeurs doit améliorer la lisibilité des personnages et de l’action, même lorsque l’environnement est complexe.

Gustave Doré, Troubadours chantant la gloire des croisades, Wikimedia

Mes derniers essais de couleur manquaient, selon moi, de force et d’unité. Je travaillerai davantage les valeurs. À suivre… J’ajoute l’ouvrage sur Maurice Noble dans ma liste des essentiels.