Le Jour J

Image du film Solstice
C’est ce soir que sera présenté pour la première fois mon film de fin d’études, Solstice. C’est l’aboutissement d’une aventure qui aura finalement duré quatre ans. Un changement de carrière à la mi-temps de la vie, un retour au collégial avec des étudiants qui auraient pu être mes enfants, quatre années de doutes et de remises en question. Et la réalisation d’un premier court métrage en pleine pandémie. J’ai atteint, un à un, chacun des objectifs qui se sont précisés au cours des dernières années. J’ai désormais un pied dans l’industrie de l’animation, une plus grande confiance dans mes moyens et tout un bagage pour continuer à dessiner.

Le moment est venu de lâcher prise et de laisser mon (très) court métrage prendre son envol…

MAJ 26-05-2021 : Solstice a remporté la bourse Cinesite lors du gala des finissants en dessin animé. « Pour l’exécution globale de l’histoire et la maîtrise des couleurs, qui étaient très harmonieuses. Tous les ingrédients sont bien balancés, aussi bien l’ambiance, le rythme que les compositions. » – Aude Besrest, Cinesite

18 jours

Affiche du film SolsticeLe temps s’accélère. J’en suis à compter les jours. Je dois remettre mon film le 9 mai. Je termine l’animation ces jours-ci. Mais il reste un paquet de retouches à faire pour le son, la couleur, les effets. Et on dirait que plus le temps se comprime, plus j’ai tendance à procrastiner… Première : le mercredi 26 mai 2021.

Chantecler

Mon film est sans paroles ni intertitres. La présence des mots me manquait. J’ai donc eu l’idée d’intégrer quelques lignes dans l’affiche. Je cherchais un aphorisme qui parlait du jour et de la nuit, plus précisément de la lumière en soi qui permet de traverser la nuit. Je suis tombé sur cette citation par hasard. J’en ai cherché la source ; sur le Web, les citations mal attribuées sont légion. J’ai trouvé qu’elle provenait d’une pièce de théâtre d’Edmond Rostand, Chanteclerc. L’histoire d’un coq très fier qui prétendait commander le lever le jour.

C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière !
Chantecler – Acte II – Scène III, Edmond Rostand

Ces mots conviennent parfaitement. Ils présentent le thème du film sans rien révéler de l’histoire. Je les ai ajoutés dans le haut de l’affiche.

Charmante carte postale promotionnelle de la pièce Chantecler d’Edmond Rostand (1910)

La vallée

Le projet avance. Voici, en primeur, trois des décors du court-métrage sur lequel je travaille en ce moment : Solstice. Mon protagoniste marche pieds nus ce qui signifie que je dois dessiner 120 orteils pour chaque seconde de film. (J’ai une espèce de dyslexie pour les orteils. Il m’arrive fréquemment de dessiner deux pieds gauches ou deux pieds droits). Quand l’animation me sort par les oreilles, je me repose en peaufinant les décors. Les hautes herbes me permettront de prendre une pause d’orteils dans quelques scènes. Je dois remettre tout le matériel : animation, décor, couleurs et effets le 9 mai. Et la première (en ligne) aura lieu le 26 mai 2021 !

Le jour s’apprête à se lever sur une vallée que le personnage découvre en sortant de la forêt.
Tous les décors sont en multiplan. La brume sera animée et traversée de lucioles.
Dessinés dans Photoshop, les effets finaux (le soleil qui se lève, par exemple) seront réalisés avec After Effects.

Élagage · première partie

Petit à petit, ce site se transforme. Je blogue depuis 2006 et l’Internet a bien changé depuis. Mes carnets, d’abord très personnels, ont migré plusieurs fois avant de faire place à un site plus professionnel. Je suis généreux de nature. J’aime collectionner les hyperliens, dresser des listes et ajouter une section « pour en savoir plus » à toutes mes publications. L’époque est désormais à la brièveté, j’ai donc choisi d’élaguer le superflu. Mais avant que certaines informations se perdent dans le foisonnement des archives de ce site, je voudrais les remettre en lumière.

Pour commencer, voici la liste des films d’animation et des bandes dessinées qui ont changé mon regard sur ces médiums :

When the Day Breaks (Quand le jour se lève) de Wendy Tilby et Amanda Forbis, Palme d’or du court métrage à Cannes (1999)

Après une enfance bercée par les dessins animés de Walt Disney et les séries japonaises, ces films ont transformé ma vision de l’animation :

Quelques titres en bande dessinée qui m’ont fait redécouvrir la bande dessinée à partir des années 2000 et qui m’ont donné envie de m’y mettre à mon tour :

 

Dernier droit

course d'un enfant et d'une panthère
Rentrée d’hiver. Mes deux derniers cours sont considérés comme des laboratoires, ils se tiendront donc sur place, dans un Cégep désert et sans le renforcement positif des espressos de l’Exode. Cette longue pause m’a permis de prendre un recul bénéfique sur mon film de fin d’études. Je mesure avec appréhension la tâche qui me reste à accomplir, mais je l’aborderai dans de meilleures conditions : je suis équipé pour travailler de chez moi et je n’aurai plus à travailler à temps partiel. Ne me reste plus qu’à plonger.

J’avais commencé ce dessin en 2019, il s’agit d’une première version de mes personnages dans le style UPA. Ils ont bien changé depuis. (Animer des lunettes est un peu casse-cou.)

Lumières

C’est souvent la lumière qui me touche dans une illustration. La lumière crée le volume, la présence et elle laisse deviner l’univers qui se déploie hors du cadre. Avec les couleurs, elle installe les atmosphères. Je n’étais pas satisfait des résultats que j’obtenais dans mes illustrations, jusqu’à ce que je tombe sur un cours en ligne de Samuel Smith. Ce jeune artiste français multi-talentueux a travaillé entre autres comme artiste couleur sur le film Klaus de Sergio Pablos. Voici le résultats des exercices du cours et quelques essais personnels :

 

Pour en savoir plus :

Le cours de Samuel Smith, Lighting principles for digital painting est offert en anglais sur Domestika. Ce cours concis, clair et bien structuré vaut amplement le prix d’achat. Je le recommande !

Quelques références présentées par Samuel Smith :

Le site du cours Pratique de l’éclairage en arts visuels à l’École des arts numériques, de l’animation et du design (NAD) de l’Université du Québec à Chicoutimi regorge de ressources pour réviser et explorer les possibilités des théories de la lumière.

Sphère lumière dure
source : Les secrets de la sphère, http://patenteux.com/lumiere/

Retour au film

Le retour au travail est un choc pour le corps. À l’adaptation aux nouvelles tâches et aux quarante heures s’ajoute la technologie qui fait des siennes. Ma débrouillardise est régulièrement poussée à ses limites. Mais jour après jour, j’y arrive. Et malgré la confusion des six derniers mois, j’ai su garder le cap. Je profite en ce moment des avantages du télétravail. Après la fête du travail, je retourne au bureau avec une certaine inquiétude.

Chaque matin depuis le début du confinement, je traverse au parc La Fontaine. J’y ai repris la course. Et les jours de repos, je viens m’y asseoir avec un café pour dessiner avant le début de la journée de travail. Ce rituel est essentiel à ma santé mentale. Dans la pente laissée en friche près de l’étang, le bruissement des grillons a remplacé le grelot des crapauds. Ce son me fait du bien. Il dit qu’à la fin, quand les hommes auront été au bout de leur saccage du monde, la vie sera toujours là. La vigne vierge et la vigne des rivages s’y emmêlent aux verges d’or et aux chardons. Je crois y apercevoir un aulne et un rosier sauvage ainsi qu’une myriade de plantes que mon ignorance laisse dans le noir.

Après avoir arrêté les cours à la fin mars, j’ai pris quatre mois de recul, un temps où je me suis concentré sur la préparation de mon portfolio et la recherche d’emploi. Des démarches qui se sont révélées fructueuses. Même si mon temps est désormais limité, l’envie de terminer le projet de film n’est pas complètement éteinte. Et en revoyant ce premier plan, presque terminé, je retrouve l’envie de m’y replonger.

Pour cette scène, il me reste à ajouter des ombres pour modeler la panthère. Peut-être ajuster la taille des grains de poussière. Des détails que je garde pour la fin. Je dépose cette scène ici comme un souhait. Celui de terminer ce film. Et peut-être un jour, qui sait, de le voir projeter sur un grand écran.