Croquis urbain · premier pas

Depuis plusieurs années, j’avais envie de me mettre au croquis urbain, communément appelé urban sketching. J’ai lu tout ce qui m’est tombé sous la main sur le sujet, j’ai même fait un cours en ligne sur LinkedIn. Mais lorsque j’ai fait mes premiers essais, ma propension à rechercher la perfection m’a rapidement paralysé. Chaque fois, je me perds dans les détails et je me décourage. Récemment, j’ai découvert le blogue de Marc Taro Holmes, l’auteur de The Urban Sketcher : Techniques for Seeing and Drawing on Location. Les exercices qu’ils proposent m’ont aidé à plonger de nouveau.

Plateau Mont-Royal
1er essai : Plateau Mont-Royal, plume, 5 minutes

Les premiers résultats sont très loin des rêves de maîtrise qui me font envie, mais je trouve qu’ils se tiennent et j’y reconnais l’esprit des lieux où je me suis arrêté. Ces dessins me donnent envie de persévérer, ce qui est déjà très positif ! Lire la suite

Déposer la vie sur le papier

J’ai reçu un courriel annonçant le retour des ateliers intensifs de modèle vivant, après une pause pandémique de près de deux ans. Une occasion en or de renouer avec le dessin d’observation : 10 modèles qui se succèdent, pendant 5 jours, dans une salle bien équipée du pavillon de design de l’UQAM. Les matinées sont réservées aux poses courtes, les après-midi, aux poses longues. Tout de suite, je me suis inscrit.

Installé derrière mon chevalet, tout à la joie de me retrouver là, j’observais la vingtaine d’artistes qui avaient pris place autour du modèle. De tous âges et de tous les niveaux. Puis, poussé par la brièveté des premières poses, je me suis concentré sur les gestes et je suis entré imperceptiblement dans la zone. La notion du temps a disparu. Le présent s’est déployé pour occuper tout mon esprit.

J’ai toujours utilisé le fusain lors de mes ateliers de modèle vivant. Après quelques jours où j’ai retrouvé mes habitudes, je me suis dit que j’étais trop à mon aise et qu’il fallait essayer un nouveau médium. L’aquarelle me fait de l’œil depuis longtemps, je me suis équipé récemment, le moment était venu de plonger. Je suis donc sorti de ma zone de confort. J’ai moins bien dormi la veille. J’avais peur de me planter. D’autant plus qu’il y avait dans la salle des pros de l’aquarelle. Il m’a fallu lutter contre ma tendance à me comparer et me concentrer sur le processus plutôt que sur les résultats. Persévérer malgré les ratés et les imperfections

C’est lors des poses rapides du matin (30 secondes à 15 minutes) que j’ai obtenu les dessins les plus vivants. La brièveté des poses m’a obligé à mettre de côté tout désir de contrôle. Et dans l’élan, j’ai expérimenté sans trop réfléchir.

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Bruant familier

En courant, au détour d’un sentier sur le Mont-Royal, mon regard a été accroché par l’éclat de quelques trilles blancs entourés de talles d’érythrones d’Amérique. Cette partie de la montagne, à l’écart du chemin Olmsted, avait échappé au piétinement des visiteurs. Je me suis arrêté pour les admirer, lorsqu’un petit oiseau s’est perché sur une branche à quelques mètres de ma tête. Je n’ai plus bougé, il s’est posé près de mes pieds et m’a laissé l’observer pendant qu’il cherchait des insectes au sol. Le rouge ferreux du dessus de sa tête s’enflammait dès qu’il traversait une tache de soleil. De retour chez moi, j’ai fouillé dans mes guides pour l’identifier. Il s’agissait d’un bruant familier (Spizella passerina), un migrateur qui passe l’hiver dans le sud des États-Unis et au Mexique. Je suis fasciné par ces vols d’oiseaux qui traversent des continents, guidés par des sens que nous n’arrivons pas encore à comprendre. Le bruant familier apprécie les milieux ouverts et s’est bien adapté aux environnements modifiés par l’être humain. On dit que c’est le plus urbain des bruants.

Bruant familier
© Pierre-Yves Comtois, plume fontaine, aquarelle, 8 mai 2022

Depuis quelque temps, je m’essaie à l’aquarelle. Ça me change de Photoshop. Je dévore en ce moment, le livre de Felix Scheinberger, Urban watercolor sketching, a guide to drawing, painting and storytelling in color. Et j’ai voulu immortaliser cette rencontre printanière avec ce médium. Comme modèle, j’ai utilisé une photographie de Liz Jaffin présentée sur le site d’Audubon.org.

Plaisir perdu

Quelle curieuse idée que celle de vouloir gagner sa vie en dessinant! Il m’en a fallu des efforts et des sacrifices pour y arriver. Ce n’est pas pour rien que la plupart des gens ne changent pas de carrière à la mi-temps de la vie; c’est dur sur le corps. Contre vents et marées, j’ai réussi un retour aux études en animation, j’ai réalisé un premier film, lauréat d’une bourse, j’ai décroché le poste que je désirais dans le studio que j’avais choisi… Mais je me demande si je n’ai pas perdu quelque chose au change.

Les qualités qui m’ont permis d’atteindre cet objectif professionnel, cette faculté d’organisation et cette discipline quasi militaire, deviennent un frein à un véritable travail de création et en chasse tout le plaisir. C’est devenu un automatisme, dès que j’ai une idée, je me mets tout de suite à planifier. Je me demande comment le produit final pourrait bonifier mon portfolio, nourrir ma présence en ligne. Cette propension à l’optimisation est exacerbée par le peu de temps libre que je peux consacrer à des projets personnels. Il n’y a plus de place pour le plaisir de l’exploration. Et la plupart du temps, je finis par constater que l’idée qui m’est venue est morte dans l’œuf.

À coups de quarante heures par semaine, mon emploi accapare toutes mes énergies. Le travail sur un pipeline de production d’une série américaine n’a rien de créatif, les tâches se répètent et il n’y a pas de place pour les individualités. Je sais qu’adopter le style d’une production, s’effacer devant les noms qui seront au générique peut être une excellente école. Je me suis dit que j’allais apprendre. Et j’ai appris. Sauf qu’après plusieurs mois, j’ai l’impression que cet apprentissage ne débouche que sur plus d’effacement et un travail toujours plus mécanique. Le produit final ne suscite pas mon enthousiasme. Moi qui rêvais de créer de l’émerveillement, j’ai participé à la fabrication d’un produit insipide. Sa principale utilité est de divertir et de rendre les cerveaux malléables au battage publicitaire.

Je pressens bien que le salut se cache du côté du papier, loin du scintillement des pixels et des sirènes des médias sociaux, plus près de la matière et de l’intime. Le mince fil qui me relie encore à la création est un carnet de croquis à deux sous et des crayons de bois à mines multicolores.

Marionnettes de Tadeusz Wilkosz, animateur polonais qui a enchanté mon enfance. Photographie : BIBIANA, the international house of art for children, Bratislava, Slovaquie

Tour de cine para niños

Je peux ajouter un troisième laurier à la bannière de mon court-métrage. Solstice fait partie de la sélection officielle du Tour de cine para niños. Mon film poursuit sa carrière de court métrage étudiant. Il a essuyé de nombreux refus et a été adopté par quelques comités à travers le monde. C’est toujours une joie d’apprendre une sélection. Et encore plus dans ce cas-ci puisque je sais que le film sera projeté en salle, devant des enfants en chair et en os.

Solstice, bannière Web
Tour de cine para niños est un festival de films pour enfants à but non lucratif, présenté par l’organisme Retransmisión, en collaboration avec des musées et des festivals dans trois villes de la République mexicaine. L’édition 2021 se déroulera dans un format hybride à la fois en ligne (exclusivement pour le Mexique), du 26 novembre au 10 décembre, puis en salles dans les mois suivants.

Sélection 2021

Le Jour J

Image du film Solstice
C’est ce soir que sera présenté pour la première fois mon film de fin d’études, Solstice. C’est l’aboutissement d’une aventure qui aura finalement duré quatre ans. Un changement de carrière à la mi-temps de la vie, un retour au collégial avec des étudiants qui auraient pu être mes enfants, quatre années de doutes et de remises en question. Et la réalisation d’un premier court métrage en pleine pandémie. J’ai atteint, un à un, chacun des objectifs qui se sont précisés au cours des dernières années. J’ai désormais un pied dans l’industrie de l’animation, une plus grande confiance dans mes moyens et tout un bagage pour continuer à dessiner.

Le moment est venu de lâcher prise et de laisser mon (très) court métrage prendre son envol…

MAJ 26-05-2021 : Solstice a remporté la bourse Cinesite lors du gala des finissants en dessin animé. « Pour l’exécution globale de l’histoire et la maîtrise des couleurs, qui étaient très harmonieuses. Tous les ingrédients sont bien balancés, aussi bien l’ambiance, le rythme que les compositions. » – Aude Besrest, Cinesite

18 jours

Affiche du film SolsticeLe temps s’accélère. J’en suis à compter les jours. Je dois remettre mon film le 9 mai. Je termine l’animation ces jours-ci. Mais il reste un paquet de retouches à faire pour le son, la couleur, les effets. Et on dirait que plus le temps se comprime, plus j’ai tendance à procrastiner… Première : le mercredi 26 mai 2021.

Chantecler

Mon film est sans paroles ni intertitres. La présence des mots me manquait. J’ai donc eu l’idée d’intégrer quelques lignes dans l’affiche. Je cherchais un aphorisme qui parlait du jour et de la nuit, plus précisément de la lumière en soi qui permet de traverser la nuit. Je suis tombé sur cette citation par hasard. J’en ai cherché la source ; sur le Web, les citations mal attribuées sont légion. J’ai trouvé qu’elle provenait d’une pièce de théâtre d’Edmond Rostand, Chanteclerc. L’histoire d’un coq très fier qui prétendait commander le lever le jour.

C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière !
Chantecler – Acte II – Scène III, Edmond Rostand

Ces mots conviennent parfaitement. Ils présentent le thème du film sans rien révéler de l’histoire. Je les ai ajoutés dans le haut de l’affiche.

Charmante carte postale promotionnelle de la pièce Chantecler d’Edmond Rostand (1910)

La vallée

Le projet avance. Voici, en primeur, trois des décors du court-métrage sur lequel je travaille en ce moment : Solstice. Mon protagoniste marche pieds nus ce qui signifie que je dois dessiner 120 orteils pour chaque seconde de film. (J’ai une espèce de dyslexie pour les orteils. Il m’arrive fréquemment de dessiner deux pieds gauches ou deux pieds droits). Quand l’animation me sort par les oreilles, je me repose en peaufinant les décors. Les hautes herbes me permettront de prendre une pause d’orteils dans quelques scènes. Je dois remettre tout le matériel : animation, décor, couleurs et effets le 9 mai. Et la première (en ligne) aura lieu le 26 mai 2021 !

Le jour s’apprête à se lever sur une vallée que le personnage découvre en sortant de la forêt.

Tous les décors sont en multiplan. La brume sera animée et traversée de lucioles.

Dessinés dans Photoshop, les effets finaux (le soleil qui se lève, par exemple) seront réalisés avec After Effects.