Comment j’ai réappris à dormir

Sommeil : état […] caractérisé essentiellement par la suspension de la vigilance et le ralentissement de certaines fonctions. — le Robert

La sieste par Vincent van Gogh
La sieste par Vincent Van Gogh (1889-1890), domaine public

Pendant des années, le sommeil m’a échappé. Une suite d’événements a ébranlé les fondations de ma vie et l’insomnie en a profité pour s’installer. À un certain moment, le stress de ne pas suffisamment dormir est même devenu l’un des éléments du problème. Les bons dormeurs ne peuvent pas comprendre à quel point l’accès au sommeil devient précieux quand il nous échappe.

J’ai entendu parler de la thérapie cognitivo-comportementale pour la première fois dans un article du journal The Guardian qui présentait le travail du Dr Colin Espie, directeur clinique du Sleep & Circadian Neurosciences Institute de l’université d’Oxford. Il s’agit d’une approche concrète et rationnelle, basée sur la science. Elle s’est révélée particulièrement efficace pour traiter les troubles du sommeil. En parcourant l’article, je me suis pris à rêver de devenir un des patients anglais de cet institut.

En 2013, le Dr Colin Espie et ses collègues ont lancé un programme d’autosoins en ligne, Sleepio, pour rendre accessible ce traitement au plus grand nombre. En s’inscrivant à Sleepio, les participants ont accès à 6 sessions interactives d’une vingtaine de minutes, guidées par un personnage animé, le prof, accompagné de son chien narcoleptique Pavlov. Chaque session est débloquée une semaine après la précédente, ce qui donne le temps de mettre en pratique les apprentissages de la semaine. Le site et son application mobile permettent de tenir un journal quotidien de sommeil et donne accès à de la documentation écrite, à des fichiers audio et à un forum d’entraide. En 2012, une étude avait démontré que ce programme en ligne était au moins aussi efficace que le même programme, offert en présence d’un ou d’une thérapeute.

À la fin de juillet, j’ai trouvé le moyen de participer à ce programme. (cet article n’est pas commandité. Pour le moment, Sleepio n’est pas disponible au Canada.) Voici comment ça s’est passé et à quels résultats je suis parvenu : Lire la suite

Inventaire de vacance

Pointe Est de l'Île-aux-lièvres
Pointe est de l’Île aux lièvres
  • Manger une poutine à la Fromagerie Lemaire de Drummondville, sur la Transcanadienne ;
  • Boire une limonade aux fraises au bout du quai de Saint-Jean-Port-Joli ;
  • Escalader un cabouron à Saint-Germain-de-Kamouraska pour contempler le Fleuve Saint-Laurent d’au-dessus des terres ;
  • Entrevoir le croupion jaune d’une paruline tigrée, entre les branches d’un pin gris ;
  • Écouter les histoires rocambolesques d’une dame franco-canadienne à l’auberge de jeunesse de Rivière-du-Loup ;
  • Partager un dortoir avec des inconnus qui ronflent, qui boivent et qui ont des nuits agitées ;
  • Suivre des yeux le dos blanc des bélugas en chasse, au large de Rivière-du-Loup ;
  • Pique-niquer avec le Poutet dans le vent du large, sur la grève de l’île aux lièvres ;
  • S’avancer dans le Fleuve jusqu’aux chevilles, être saisi par le froid ;
  • Sursauter en entendant le souffle puissant d’un petit rorqual ;
  • Prendre la traverse de Rivière-du-Loup à Saint-Siméon ;
  • Marcher à flanc de montagne jusqu’à la plage de l’anse aux sables, près du village de Baie-des-Rochers ;
  • Monter la côte des Éboulements et réaliser que les voitures hybrides en autopartage ne sont pas infaillibles ;
  • Traverser le pied de lumière d’un arc-en-ciel sur une route de Charlevoix ;
  • Boire une blanche de Charlevoix à l’auberge La fascine sur L’Isle-aux-Coudres ;
  • Se baigner jusqu’aux genoux au milieu des cascades de la Rivière des Boudreault ;
  • Découvrir l’héritage des Petites franciscaines et leur importance dans le développement de Baie-Saint-Paul ;
  • Rentrer en ville le cœur encore plus assoiffé de vent et de nature.

Le trousseau

Pendant longtemps, je n’envisageais même pas la fin de cette formation en dessin animé. Je traversais une session à la fois, sans regarder plus loin. Puis, j’ai réalisé que les années avaient passé, que terminer devenait possible. Afin de rendre cet objectif encore plus tangible et de nourrir ma motivation à persévérer, j’ai commencé à rassembler dans une boîte à chaussure ce qui pourrait faire office de cadeaux de fin d’études. J’y ai d’abord déposé les stylos pinceaux qu’un ami de mon coloc m’avait rapportés du Japon et que je n’ai jamais essayés, faute de temps. Se sont ajoutés un Moleskine rouge, puis d’autres éléments que je serai heureux de retrouver lorsque le temps libre sera de retour dans ma vie.

anais nin
Dessin de Léonie Bischoff, Anais Nin, sur la mer des mensonges, source : Casterman

Le trousseau, jusqu’ici :

  • Les stylos pinceaux Kuratake et Platinum ;
  • un Moleskine rouge, un autre pour l’aquarelle et plusieurs carnets à dessin de format et de qualité variable ;
  • une boîte de crayons Aristochrom de Koh-i-Noor à mines multicolores. Ce sont les crayons que Léonie Bischoff a utilisés pour réaliser le fascinant album Anaïs Nin, sur la mer des mensonges ;
  • une réserve de crayons HB ;
  • The Modern Library Writer’s Workshop, un ouvrage sur l’écriture de fiction, découvert par hasard dans une conversation sur Twitter. Parce que l’écriture me manque et que je compte bien continuer à inventer mes propres histoires ;
  • et finalement, j’y ai remisé mon harmonica. Je n’ai pas trouvé le temps d’y toucher depuis plusieurs mois.

trousseau

En ce moment, les journées se suivent et se ressemblent dans mon bureau sans fenêtre. L’animation peut être une tâche fastidieuse. Je travaille de chez moi depuis janvier. Je rencontre deux professeurs chaque semaine, j’ai néanmoins le sentiment de travailler seul sur ce projet. C’est parfois lourd à porter. Nos films seront présentés le 25 mai prochain, lors d’une soirée de gala virtuelle. Je soulignerai l’événement en levant un verre de mousseux californien, de mon salon. Je ne sais pas de quoi sera fait l’avenir. Mes seules certitudes sont rassemblées dans une boîte à chaussures, comme un message dans une bouteille qui me soufflera à l’oreille : dessine, invente, n’arrête pas de créer.

Retour au film

Le retour au travail est un choc pour le corps. À l’adaptation aux nouvelles tâches et aux quarante heures s’ajoute la technologie qui fait des siennes. Ma débrouillardise est régulièrement poussée à ses limites. Mais jour après jour, j’y arrive. Et malgré la confusion des six derniers mois, j’ai su garder le cap. Je profite en ce moment des avantages du télétravail. Après la fête du travail, je retourne au bureau avec une certaine inquiétude.

Chaque matin depuis le début du confinement, je traverse au parc La Fontaine. J’y ai repris la course. Et les jours de repos, je viens m’y asseoir avec un café pour dessiner avant le début de la journée de travail. Ce rituel est essentiel à ma santé mentale. Dans la pente laissée en friche près de l’étang, le bruissement des grillons a remplacé le grelot des crapauds. Ce son me fait du bien. Il dit qu’à la fin, quand les hommes auront été au bout de leur saccage du monde, la vie sera toujours là. La vigne vierge et la vigne des rivages s’y emmêlent aux verges d’or et aux chardons. Je crois y apercevoir un aulne et un rosier sauvage ainsi qu’une myriade de plantes que mon ignorance laisse dans le noir.

Après avoir arrêté les cours à la fin mars, j’ai pris quatre mois de recul, un temps où je me suis concentré sur la préparation de mon portfolio et la recherche d’emploi. Des démarches qui se sont révélées fructueuses. Même si mon temps est désormais limité, l’envie de terminer le projet de film n’est pas complètement éteinte. Et en revoyant ce premier plan, presque terminé, je retrouve l’envie de m’y replonger.

Pour cette scène, il me reste à ajouter des ombres pour modeler la panthère. Peut-être ajuster la taille des grains de poussière. Des détails que je garde pour la fin. Je dépose cette scène ici comme un souhait. Celui de terminer ce film. Et peut-être un jour, qui sait, de le voir projeter sur un grand écran.

Éclaircie

Posé au creux de la vague, j’ai repris pied. En déroulant les couches de fatigues, j’ai vu qu’elles se chevauchaient comme des peaux d’oignons. La semaine de relâche était une arnaque ; on y avait entassé des travaux pour en occuper chaque seconde. Pas de répit pour les naïfs.

J’aimais bien ce plan, mais il ne sert pas la narration et sera probablement coupé.

Je devais m’arrêter, un temps. Je me suis permis de décrocher et j’ai pris un peu de recul. Lire la suite