18 jours

Affiche du film SolsticeLe temps s’accélère. J’en suis à compter les jours. Je dois remettre mon film le 9 mai. Je termine l’animation ces jours-ci. Mais il reste un paquet de retouches à faire pour le son, la couleur, les effets. Et on dirait que plus le temps se comprime, plus j’ai tendance à procrastiner… Première : le mercredi 26 mai 2021.

Le trousseau

Pendant longtemps, je n’envisageais même pas la fin de cette formation en dessin animé. Je traversais une session à la fois, sans regarder plus loin. Puis, j’ai réalisé que les années avaient passé, que terminer devenait possible. Afin de rendre cet objectif encore plus tangible et de nourrir ma motivation à persévérer, j’ai commencé à rassembler dans une boîte à chaussure ce qui pourrait faire office de cadeaux de fin d’études. J’y ai d’abord déposé les stylos pinceaux qu’un ami de mon coloc m’avait rapportés du Japon et que je n’ai jamais essayés, faute de temps. Se sont ajoutés un Moleskine rouge, puis d’autres éléments que je serai heureux de retrouver lorsque le temps libre sera de retour dans ma vie.

anais nin
Dessin de Léonie Bischoff, Anais Nin, sur la mer des mensonges, source : Casterman

Le trousseau, jusqu’ici :

  • Les stylos pinceaux Kuratake et Platinum ;
  • un Moleskine rouge, un autre pour l’aquarelle et plusieurs carnets à dessin de format et de qualité variable ;
  • une boîte de crayons Aristochrom de Koh-i-Noor à mines multicolores. Ce sont les crayons que Léonie Bischoff a utilisés pour réaliser le fascinant album Anaïs Nin, sur la mer des mensonges ;
  • une réserve de crayons HB ;
  • The Modern Library Writer’s Workshop, un ouvrage sur l’écriture de fiction, découvert par hasard dans une conversation sur Twitter. Parce que l’écriture me manque et que je compte bien continuer à inventer mes propres histoires ;
  • et finalement, j’y ai remisé mon harmonica. Je n’ai pas trouvé le temps d’y toucher depuis plusieurs mois.

trousseau

En ce moment, les journées se suivent et se ressemblent dans mon bureau sans fenêtre. L’animation peut être une tâche fastidieuse. Je travaille de chez moi depuis janvier. Je rencontre deux professeurs chaque semaine, j’ai néanmoins le sentiment de travailler seul sur ce projet. C’est parfois lourd à porter. Nos films seront présentés le 25 mai prochain, lors d’une soirée de gala virtuelle. Je soulignerai l’événement en levant un verre de mousseux californien, de mon salon. Je ne sais pas de quoi sera fait l’avenir. Mes seules certitudes sont rassemblées dans une boîte à chaussures, comme un message dans une bouteille qui me soufflera à l’oreille : dessine, invente, n’arrête pas de créer.

Mes alternatives aux GAFAM

Pour l’environnement, pour le respect des droits des travailleurs, mais également pour favoriser la venue d’un Internet, plus diversifié, hors du modèle du capitalisme de surveillance, j’essaie de prendre mes distances avec les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). C’est une tâche ardue ! Ces multinationales américaines sont omniprésentes et parfois incontournables. Mais petit à petit, j’arrive à m’en détacher. Après plusieurs expérimentations, voici quelques services en ligne que j’ai adoptés.

Navigateur

Depuis plusieurs années, je ne jure que par Firefox, le logiciel libre. La dernière version offre une foule de fonctions pour limiter l’appétit vorace de Facebook et de Google pour les données de navigation. Il est simple d’y ajouter des modules d’extension pour bloquer les publicités et contrôler l’accès aux réseaux sociaux.

Moteur de recherche

J’utilise le plus souvent Qwant et DuckDuckGo pour mes requêtes. Il faut apprivoiser ces moteurs de recherche qui ne disposent pas, comme Google, d’une masse de données à notre sujet. Alterner les moteurs me permet d’obtenir un éventail plus vaste de résultats.

Pour remplacer les logiciels Office

Les logiciels gratuits de la série LibreOffice ont été élaborés et peaufinés par une communauté d’utilisateurs engagés. Je m’en sert depuis plus d’un an et ils sont parfaitement compatibles avec leurs équivalents chez Microsoft. Je ne pourrais plus m’en passer et il est hors de question que je rachète un jour la série de Microsoft.

Traduction

J’ai découvert DeepL, un service nettement supérieur à Google Translate en précisions et en nuances. La version gratuite suffit à mes usages.

Courriel

J’ai ouvert un compte chez ProtonMail. Il m’a fallu quelques jours pour m’habituer à l’interface, mais son utilisation est vraiment simple. En matière de protection de la vie privée, je crois bien qu’il s’agit du service le plus sécuritaire actuellement.

Messagerie

J’ai entendu beaucoup de bien de Signal sans pouvoir l’essayer. Mon vieil iPhone 6S, que je n’ai pas l’intention de changer tant qu’il fonctionnera, n’est pas compatible avec cette application.

Achats en ligne

Éviter l’ignoble Amazon demande pas mal de débrouillardise et de persévérance. La multinationale a le bras long et elle est parfois la seule à distribuer certains produits au Québec. J’essaie, lorsque c’est possible, d’acheter local et de faire affaire directement avec les entreprises qui fabriquent et offrent les produits. J’accepte de passer un peu plus de temps à chercher et de payer quelques dollars de plus afin de magasiner sans intermédiaires. Pour les livres, le site que j’utilise le plus souvent est Leslibraires.ca, le site transactionnel de la coopérative des librairies indépendantes du Québec.

Avez-vous de meilleures suggestions ? Je suis preneur !

Chantecler

Mon film est sans paroles ni intertitres. La présence des mots me manquait. J’ai donc eu l’idée d’intégrer quelques lignes dans l’affiche. Je cherchais un aphorisme qui parlait du jour et de la nuit, plus précisément de la lumière en soi qui permet de traverser la nuit. Je suis tombé sur cette citation par hasard. J’en ai cherché la source ; sur le Web, les citations mal attribuées sont légion. J’ai trouvé qu’elle provenait d’une pièce de théâtre d’Edmond Rostand, Chanteclerc. L’histoire d’un coq très fier qui prétendait commander le lever le jour.

C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière !
Chantecler – Acte II – Scène III, Edmond Rostand

Ces mots conviennent parfaitement. Ils présentent le thème du film sans rien révéler de l’histoire. Je les ai ajoutés dans le haut de l’affiche.

Charmante carte postale promotionnelle de la pièce Chantecler d’Edmond Rostand (1910)

La vallée

Le projet avance. Voici, en primeur, trois des décors du court-métrage sur lequel je travaille en ce moment : Solstice. Mon protagoniste marche pieds nus ce qui signifie que je dois dessiner 120 orteils pour chaque seconde de film. (J’ai une espèce de dyslexie pour les orteils. Il m’arrive fréquemment de dessiner deux pieds gauches ou deux pieds droits). Quand l’animation me sort par les oreilles, je me repose en peaufinant les décors. Les hautes herbes me permettront de prendre une pause d’orteils dans quelques scènes. Je dois remettre tout le matériel : animation, décor, couleurs et effets le 9 mai. Et la première (en ligne) aura lieu le 26 mai 2021 !

Le jour s’apprête à se lever sur une vallée que le personnage découvre en sortant de la forêt.
Tous les décors sont en multiplan. La brume sera animée et traversée de lucioles.
Dessinés dans Photoshop, les effets finaux (le soleil qui se lève, par exemple) seront réalisés avec After Effects.

L’iguane bleu des îles Cayman

Dès son arrivée aux Îles Cayman, Fred Burton, un scientifique britannique, a été fasciné par l’iguane bleu (Cyclura lewisi), un reptile qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Auparavant considéré comme une sous-espèce de l’iguane terrestre de Cuba (Cyclura nubila) ou de celui des Bahamas (Cyclura cychlura), il a été reclassé comme une espèce distincte en raison de différences génétiques importantes. En 2002, il ne restait plus qu’une quinzaine d’iguanes bleus vivants à l’état sauvage. En 2005, tous les jeunes nés en milieu naturel sont morts avant d’atteindre la maturité sexuelle, l’espèce était « fonctionnellement éteinte ».

Cyclura lewisi, photo : Matt Reinbold
Cyclura lewisi, photo : Matt Reinbold

Faire la rencontre d’un iguane bleu, c’est se retrouver nez à nez avec un dinosaure. Il peut atteindre une longueur de 5 pieds et peser plus de 25 livres. Son épaisse peau écailleuse passe du gris au bleu vif lorsque la température de son corps s’élève et qu’il emmagasine la chaleur du soleil. La couleur est plus intense pendant la saison des amours. Elle contraste avec ses pattes noires et ses yeux rougeâtres. L’iguane bleu est intelligent. Bien qu’il passe la plus grande partie de sa vie en solitaire, il a une vie sociale complexe. Il se nourrit principalement de plantes et peut vivre plus de 60 ans.

Plusieurs facteurs menacent la survie des iguanes bleus :

  • Destruction des habitats
  • Accidents de la route
  • Chasse traditionnelle
  • Introduction d’espèces exotiques
  • Prédation par les chiens et les chats errants

De plus, les cultivateurs les abattent parce qu’ils les considèrent comme une menace pour leur culture.

Le programme de conservation de l’iguane bleu est né en 1990 d’un projet du National Trust for the Cayman Islands. Plusieurs partenaires se sont joints au projet depuis : The Cayman Islands Department of Environment, le QE II Botanic Park ainsi que deux partenaires internationaux : the International Reptile Conservation Foundation et le Durrell Wildlife Conservation Trust.

Le programme de conservation compte plusieurs volets :

Queen Elizabeth II Botanical Gardens and the Blue Iguana Recovery Program
Blue Iguana Recovery Program, photo : Pete Markham

Élevage en captivité : Depuis 1990, les iguanes sont élevés au centre d’élevage du Parc botanique Queen Elizabeth II, dans le but de relâcher des individus en milieu naturel et de conserver des reproducteurs. Des zoos du monde entier sont associés au projet pour conserver un bassin de reproducteurs et une diversité génétique. À l’âge de deux ans, les jeunes sont suffisamment gros pour ne pas être mangés par les chiens et les chats. Ils sont alors relâchés en milieu naturel après avoir bénéficié d’un bilan de santé complet et avoir reçu une étiquette qui permettra de les identifier et de suivre l’évolution de leur santé et leur reproduction.

Zones protégées : Deux zones protégées ont été établies sur l’île de Grand Cayman, la première au Parc botanique Queen Elizabeth II et la seconde dans la réserve Salina, dans un lieu accessible uniquement par bateau ou à pied, par des sentiers traversant des forêts denses et des terrains accidentés.

Éducation : L’éducation du grand public est une part importante du programme de conservation. Des activités sont organisées dans les écoles : soins d’un iguane bleu apprivoisé, visite du centre de reproduction, suivi des déplacements des iguanes par onde radio. Le centre informe la population en général par le biais de la radio, de la télévision et des médias écrits.

Une réussite !

Le programme de conservation de l’iguane bleu a été un succès. Il y a désormais plus de 570 iguanes bleus vivant à l’état sauvage à Grand Cayman. Lorsque l’objectif de 1000 iguanes relâchés sera atteint, la phase d’élevage sera terminée. Les populations seront surveillées étroitement pour prévenir tout déclin. À partir de 2001, les chercheurs ont constaté que les individus relâchés se reproduisaient au Parc botanique QE II. Et en 2006, un premier couple s’est reproduit à la réserve Salina.

Pour en savoir plus

 

Texte rédigé en 2011 dans le cadre du projet 1000 jours pour la planète du Jardin botanique de Montréal, Espace pour la vie.

Élagage · deuxième partie

Petit à petit, ce site se transforme. Je me laisse influencer par Marie Kondō et j’élague le superflu. Avant que certaines informations se perdent dans le foisonnement des archives, je voudrais les remettre en lumière :

En 2017, tout au début de mes cours en animation, j’ai commencé à dresser la liste des ouvrages essentiels pour le dessin, la bande dessinée ou l’illustration. Les livres n’étaient pas mis de l’avant dans la plupart des cours et ça me manquait.

Composition et cadrage

  • Daniel Arijon, Grammar of the film language, Focal Press, 1976 · Plutôt difficile à trouver ! On peut le consulter ici.
  • Molly Bang, Picture this, perception & composition, Bulfinch Press, 1991 · Les rudiments de la composition avec des exercices pratiques.
  • Bernard Duc, L’Art de la composition et du cadrage : Peinture, photographie, bandes dessinées, publicité, Fleurus, 1992 · Le guide pour comprendre la composition. (disponible en bibliothèque)
  • Marcos Mateu-Mestre, Framed Ink, Drawing and composition for visual storytellers, Design Studio Press, 2010 · Rien de mieux que la démonstration par l’exemple !
  • Gustavo Mercado, Filmmaker’s Eye: Learning (and Breaking) the Rules of Cinematic Composition, Focal Press, 2010 · Des tonnes d’exemples magnifiques tirés de grands films.
  • Jean Mitry, Esthétique et psychologie du cinéma, Éditions Universitaires, 1965 · Pour les courageux.

Couleur

  • Johannes Itten, Art de la couleur, approche subjective et description objective de l’art, dessain et Tolra, 2004 ·  Johannes Itten, qui a enseigné au Bauhaus, est le guide idéal pour aborder avec sérieux l’univers infini de la couleur.
  • Ludwig Wittgenstein, Remarks on colors, Blackwell 1977 · Mentionné par Zviane dans Ping-Pong. Pas facile à trouver…

Conception de personnage


Conception de décor

  • Tod Polson, The Noble Approach, Maurice Noble and the Zen of Animation Design, Chronicle Books, 2013 · À la fin de sa carrière, Maurice Noble partage sa méthode de travail et sa vision du design pour l’animation, de l’idéation jusqu’au dessin final.
  • Hans Bacher, Dream Worlds, Production Design for Animation, Focal Press, 2006 · Ce très beau livre regorge d’exemples inspirants, mais le propos est plutôt mince. The Noble Approach est beaucoup plus complet.

Anatomie humaine et animale

Auriez-vous d’autres ouvrages à proposer?

Élagage · première partie

Petit à petit, ce site se transforme. Je blogue depuis 2006 et l’Internet a bien changé depuis. Mes carnets, d’abord très personnels, ont migré plusieurs fois avant de faire place à un site plus professionnel. Je suis généreux de nature. J’aime collectionner les hyperliens, dresser des listes et ajouter une section « pour en savoir plus » à toutes mes publications. L’époque est désormais à la brièveté, j’ai donc choisi d’élaguer le superflu. Mais avant que certaines informations se perdent dans le foisonnement des archives de ce site, je voudrais les remettre en lumière.

Pour commencer, voici la liste des films d’animation et des bandes dessinées qui ont changé mon regard sur ces médiums :

When the Day Breaks (Quand le jour se lève) de Wendy Tilby et Amanda Forbis, Palme d’or du court métrage à Cannes (1999)

Après une enfance bercée par les dessins animés de Walt Disney et les séries japonaises, ces films ont transformé ma vision de l’animation :

Quelques titres en bande dessinée qui m’ont fait redécouvrir la bande dessinée à partir des années 2000 et qui m’ont donné envie de m’y mettre à mon tour :

 

Dernier droit

course d'un enfant et d'une panthère
Rentrée d’hiver. Mes deux derniers cours sont considérés comme des laboratoires, ils se tiendront donc sur place, dans un Cégep désert et sans le renforcement positif des espressos de l’Exode. Cette longue pause m’a permis de prendre un recul bénéfique sur mon film de fin d’études. Je mesure avec appréhension la tâche qui me reste à accomplir, mais je l’aborderai dans de meilleures conditions : je suis équipé pour travailler de chez moi et je n’aurai plus à travailler à temps partiel. Ne me reste plus qu’à plonger.

J’avais commencé ce dessin en 2019, il s’agit d’une première version de mes personnages dans le style UPA. Ils ont bien changé depuis. (Animer des lunettes est un peu casse-cou.)