Le sage de Concord

Depuis la fin des cours en animation, j’ai été pris d’une frénésie de lecture. Le papier, les mots en caractères d’imprimerie et les idées m’ont manqué pendant ces quatre années. Et grâce à l’émission Les chemins de la philosophie sur France Culture, j’ai découvert les textes de Ralph Waldo Emerson que l’on considère comme l’un des premiers philosophes américains. Il a été l’ami et le mentor d’Henry David Thoreau. Son ouvrage Nature est un tout petit livre, gorgé de lumière et de poésie :

Je ne suis pas seul tandis que je lis ou écris, bien que personne ne soit avec moi. Mais si un homme veut être seul, qu’il regarde les étoiles. Les rayons qui tombent de ces mondes célestes le sépareront de ce qui l’environne. Il est permis de penser que l’atmosphère a été créée transparente dans le seul but de donner à l’homme, par l’intermédiaire des corps célestes, le sentiment de la présence constante du sublime.

La nature, illustration
Illustration de Christopher Pearse Cranch pour Nature, de Ralph Waldo Emerson (1836) CC

Le plus grand plaisir que procurent les champs et les bois est la secrète relation qu’ils suggèrent entre l’homme et les végétaux. Je ne suis pas seul et inconnu. Ils me font signe et moi de même. Le balancement des branches dans la tempête est nouveau pour moi et ancien. Cela me prend par surprise et pourtant ne m’est pas inconnu. Ses effets sont semblables au sentiment qui me submerge d’une pensée plus haute ou d’un sentiment meilleur lorsque j’estime que j’ai bien agi ou pensé avec justesse.

Extraits tirés de La nature par Ralph Waldo Emerson, traduit de l’américain par Patrice Oliete Loscos. Le texte original est disponible sur le projet Gutenberg.

Commencement

Fin d’été. Le blues d’après-film se dissipe. Doucement, le niveau d’énergie remonte. Pour le moment, je n’ai pas trop l’envie de dessiner, mais je lis avec avidité tout ce qui me tombe sous la main : romans, essais, d’ici ou d’ailleurs. J’utilise à plein les services de la BAnQ. Et l’envie d’écrire se pointe, régulièrement.

J’ai dévoré plusieurs essais sur l’écriture de fiction (voir les références plus bas). L’un des conseils d’écriture qui revient le plus souvent est d’une simplicité déconcertante : s’y mettre, immédiatement. Écrire dès maintenant, sans plus attendre. Parce que c’est en écrivant que se révèle l’intrigue, les personnages, la structure idéale d’une histoire et même l’intention d’un texte de fiction. Pour plusieurs auteurs émérites, l’inspiration est un mythe dommageable. Lire la suite

Scène estivale

Plouf ! À partir d’un exercice scolaire réalisé sur papier, j’ai complété cette scène en digitrad sur Toon Boom Harmony. 135 dessins pour 3 secondes d’animation. Décors peints sur Photoshop. Le saut a été influencé par les tutoriels d’Aaron Blaise. Et j’ai appris beaucoup sur le mouvement de l’eau dans l’ouvrage de Joseph Gilland, Elemental Magic, technique of special effects animation (2012).


Avec le son, c’est encore mieux !

Ressac

Quatre années durant, j’ai focalisé toutes mes énergies vers l’atteinte d’un seul objectif : terminer ce DEC en dessin animé. Je suis exigeant avec moi-même et j’ai tendance à mettre tous mes œufs dans le même panier. J’ai obtenu d’excellents résultats, terminé mon film qui a même remporté une bourse. La pandémie a fait tomber tous les rituels de passage et du jour au lendemain… tout était fini. Je me retrouve devant un grand vide sans trop m’y être préparé. Je me sens lessivé, amoché. Me rendre jusque là en solitaire m’a demandé tellement d’efforts que je n’avais pas envisagé la suite. Des questions existentielles s’élèvent devant moi. J’ai complété ces cours en me disant que ce bagage me serait utile en bande dessinée. Est-ce le chemin que je veux emprunter ? J’ai pensé que dessiner pour gagner ma vie me suffirait. Est-ce le cas ? Je n’en suis pas sûr.

J’avais prévu de prendre quelques semaines de recul. Je sais que je dois laisser la poussière retomber. Accepter ce moment de flottement. Mais je ne suis pas doué pour le repos. Je me suis remis à courir avec plus de sérieux. Et à lire, avec plus de liberté. Dans l’espoir que des voies mûrissent avec l’été.

Je lis en ce moment La dramaturgie, d’Yves Lavandier. Dans une longue entrevue, la cinéaste d’animation, Diane Obomsawin avait mentionné ce titre qui traite de scénarisation. C’est un ouvrage bien structuré, clair et particulièrement généreux. Ce que j’ai trouvé de mieux jusqu’ici sur le sujet. Yves Lavandier s’inspire autant de La poétique d’Aristote que des maîtres du cinéma hollywoodien. Il puise ces exemples dans les chefs d’œuvres de la littérature universelle, la bande dessinée et les séries télé. Et souligne à maintes reprises l’importance de la structure dans un récit. Je réalise que les principes du design : unité, contraste, rythme et dominance, sont tout aussi pertinents en scénarisation qu’en conception visuelle !

Scène du film North by Northwest (1959)
Scène du film d’Alfred Hitchcock, North by Northwest (1959), un scénario diablement efficace qu’Yves Lavandier cite en exemple. © MGM

La dramaturgie, l'art du récit, couverture
Feuilleter ce livre.

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Yves Lavandier, La dramaturgie, l’art du récit
Les Impressions Nouvelles, 2019

Le Jour J

Image du film Solstice
C’est ce soir que sera présenté pour la première fois mon film de fin d’études, Solstice. C’est l’aboutissement d’une aventure qui aura finalement duré quatre ans. Un changement de carrière à la mi-temps de la vie, un retour au collégial avec des étudiants qui auraient pu être mes enfants, quatre années de doutes et de remises en question. Et la réalisation d’un premier court métrage en pleine pandémie. J’ai atteint, un à un, chacun des objectifs qui se sont précisés au cours des dernières années. J’ai désormais un pied dans l’industrie de l’animation, une plus grande confiance dans mes moyens et tout un bagage pour continuer à dessiner.

Le moment est venu de lâcher prise et de laisser mon (très) court métrage prendre son envol…

MAJ 26-05-2021 : Solstice a remporté la bourse Cinesite lors du gala des finissants en dessin animé. « Pour l’exécution globale de l’histoire et la maîtrise des couleurs, qui étaient très harmonieuses. Tous les ingrédients sont bien balancés, aussi bien l’ambiance, le rythme que les compositions. » – Aude Besrest, Cinesite

18 jours

Affiche du film SolsticeLe temps s’accélère. J’en suis à compter les jours. Je dois remettre mon film le 9 mai. Je termine l’animation ces jours-ci. Mais il reste un paquet de retouches à faire pour le son, la couleur, les effets. Et on dirait que plus le temps se comprime, plus j’ai tendance à procrastiner… Première : le mercredi 26 mai 2021.

Le trousseau

Pendant longtemps, je n’envisageais même pas la fin de cette formation en dessin animé. Je traversais une session à la fois, sans regarder plus loin. Puis, j’ai réalisé que les années avaient passé, que terminer devenait possible. Afin de rendre cet objectif encore plus tangible et de nourrir ma motivation à persévérer, j’ai commencé à rassembler dans une boîte à chaussure ce qui pourrait faire office de cadeaux de fin d’études. J’y ai d’abord déposé les stylos pinceaux qu’un ami de mon coloc m’avait rapportés du Japon et que je n’ai jamais essayés, faute de temps. Se sont ajoutés un Moleskine rouge, puis d’autres éléments que je serai heureux de retrouver lorsque le temps libre sera de retour dans ma vie.

anais nin
Dessin de Léonie Bischoff, Anais Nin, sur la mer des mensonges, source : Casterman

Le trousseau, jusqu’ici :

  • Les stylos pinceaux Kuratake et Platinum ;
  • un Moleskine rouge, un autre pour l’aquarelle et plusieurs carnets à dessin de format et de qualité variable ;
  • une boîte de crayons Aristochrom de Koh-i-Noor à mines multicolores. Ce sont les crayons que Léonie Bischoff a utilisés pour réaliser le fascinant album Anaïs Nin, sur la mer des mensonges ;
  • une réserve de crayons HB ;
  • The Modern Library Writer’s Workshop, un ouvrage sur l’écriture de fiction, découvert par hasard dans une conversation sur Twitter. Parce que l’écriture me manque et que je compte bien continuer à inventer mes propres histoires ;
  • et finalement, j’y ai remisé mon harmonica. Je n’ai pas trouvé le temps d’y toucher depuis plusieurs mois.

trousseau

En ce moment, les journées se suivent et se ressemblent dans mon bureau sans fenêtre. L’animation peut être une tâche fastidieuse. Je travaille de chez moi depuis janvier. Je rencontre deux professeurs chaque semaine, j’ai néanmoins le sentiment de travailler seul sur ce projet. C’est parfois lourd à porter. Nos films seront présentés le 25 mai prochain, lors d’une soirée de gala virtuelle. Je soulignerai l’événement en levant un verre de mousseux californien, de mon salon. Je ne sais pas de quoi sera fait l’avenir. Mes seules certitudes sont rassemblées dans une boîte à chaussures, comme un message dans une bouteille qui me soufflera à l’oreille : dessine, invente, n’arrête pas de créer.

Mes alternatives aux GAFAM

Pour l’environnement, pour le respect des droits des travailleurs, mais également pour favoriser la venue d’un Internet, plus diversifié, hors du modèle du capitalisme de surveillance, j’essaie de prendre mes distances avec les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). C’est une tâche ardue ! Ces multinationales américaines sont omniprésentes et parfois incontournables. Mais petit à petit, j’arrive à m’en détacher. Après plusieurs expérimentations, voici quelques services en ligne que j’ai adoptés.

Navigateur

Depuis plusieurs années, je ne jure que par Firefox, le logiciel libre. La dernière version offre une foule de fonctions pour limiter l’appétit vorace de Facebook et de Google pour les données de navigation. Il est simple d’y ajouter des modules d’extension pour bloquer les publicités et contrôler l’accès aux réseaux sociaux.

Moteur de recherche

J’utilise le plus souvent Qwant et DuckDuckGo pour mes requêtes. Il faut apprivoiser ces moteurs de recherche qui ne disposent pas, comme Google, d’une masse de données à notre sujet. Alterner les moteurs me permet d’obtenir un éventail plus vaste de résultats.

Pour remplacer les logiciels Office

Les logiciels gratuits de la série LibreOffice ont été élaborés et peaufinés par une communauté d’utilisateurs engagés. Je m’en sert depuis plus d’un an et ils sont parfaitement compatibles avec leurs équivalents chez Microsoft. Je ne pourrais plus m’en passer et il est hors de question que je rachète un jour la série de Microsoft.

Traduction

J’ai découvert DeepL, un service nettement supérieur à Google Translate en précisions et en nuances. La version gratuite suffit à mes usages.

Courriel

J’ai ouvert un compte chez ProtonMail. Il m’a fallu quelques jours pour m’habituer à l’interface, mais son utilisation est vraiment simple. En matière de protection de la vie privée, je crois bien qu’il s’agit du service le plus sécuritaire actuellement.

Messagerie

J’ai entendu beaucoup de bien de Signal sans pouvoir l’essayer. Mon vieil iPhone 6S, que je n’ai pas l’intention de changer tant qu’il fonctionnera, n’est pas compatible avec cette application.

Achats en ligne

Éviter l’ignoble Amazon demande pas mal de débrouillardise et de persévérance. La multinationale a le bras long et elle est parfois la seule à distribuer certains produits au Québec. J’essaie, lorsque c’est possible, d’acheter local et de faire affaire directement avec les entreprises qui fabriquent et offrent les produits. J’accepte de passer un peu plus de temps à chercher et de payer quelques dollars de plus afin de magasiner sans intermédiaires. Pour les livres, le site que j’utilise le plus souvent est Leslibraires.ca, le site transactionnel de la coopérative des librairies indépendantes du Québec.

Avez-vous de meilleures suggestions ? Je suis preneur !

Chantecler

Mon film est sans paroles ni intertitres. La présence des mots me manquait. J’ai donc eu l’idée d’intégrer quelques lignes dans l’affiche. Je cherchais un aphorisme qui parlait du jour et de la nuit, plus précisément de la lumière en soi qui permet de traverser la nuit. Je suis tombé sur cette citation par hasard. J’en ai cherché la source ; sur le Web, les citations mal attribuées sont légion. J’ai trouvé qu’elle provenait d’une pièce de théâtre d’Edmond Rostand, Chanteclerc. L’histoire d’un coq très fier qui prétendait commander le lever le jour.

C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière !
Chantecler – Acte II – Scène III, Edmond Rostand

Ces mots conviennent parfaitement. Ils présentent le thème du film sans rien révéler de l’histoire. Je les ai ajoutés dans le haut de l’affiche.

Charmante carte postale promotionnelle de la pièce Chantecler d’Edmond Rostand (1910)