M’échapper des réseaux sociaux

J’y pensais depuis longtemps. Mais il m’a fallu un coup de tête pour passer à l’acte. À coup de clics, j’ai désactivé ou supprimé un à un mes comptes sur les médias sociaux. Ces dernières années, j’ai remarqué que ma présence sur ces réseaux avait un impact de plus en plus négatif sur ma créativité, sur ma vie sociale et sur ma santé mentale. En plus d’accaparer mon temps et mon attention.Pas de médias sociauxLe prix à payer

En échange d’une promesse de visibilité et de « découvrabilité », les médias sociaux m’ont poussé à publier de plus en plus régulièrement. J’y ai offert le meilleur de mon travail et le temps que j’ai consacré à ces publications a augmenté au fil des années. C’était un travail sans fin puisqu’après quelques heures ou quelques jours, chaque publication perd de sa valeur et disparaît des fils d’actualité. Seul ce qui est nouveau est intéressant.

La plupart des gens acceptent les conditions d’utilisations sans les lire. Elles sont d’ailleurs rédigées de façon à être illisibles au commun des mortels. Celles-ci stipulent que l’utilisateur accorde tous les droits d’utilisations de ce qu’il publie. Il ne s’agit pas ici de partage comme dans les licences creative commons. Il s’agit de permettre à des multinationales de disposer à leur guise de tout ce que l’on publie. Ce qui m’a toujours agacé.

Des retombées dérisoires

Quand je marche dans la rue, les gens que j’aperçois sur les terrasses, dans les parcs, sont penchés sur leur téléphone. Ils font distraitement glisser leur écran vers la droite ou vers le bas. Ils sont captifs sans être captivés. En fait, ils ont souvent l’air de s’ennuyer, pourtant ils ne lèvent jamais les yeux, ignorant totalement leur environnement. Mis à part un geste du pouce ou de l’index, ils sont passifs et leur besoin de stimulations semble insatiable. Alors, ils glissent sur l’existence des autres sans s’y attarder.

Comment une personne qui ne fait aucun effort pourrait-elle s’émouvoir en voyant l’un de mes dessins ?
Est-ce le public auquel j’aspire ?

Je suivais avec appréhension les statistiques que fournissent plusieurs réseaux sociaux. Je savais donc que même si je suis en lien avec des centaines de personnes, il n’y en aurait que quelques-unes qui apercevraient mes publications entre deux publicités. Après avoir travaillé plusieurs heures sur un dessin que je mettais en ligne, j’espérais qu’il soit remarqué et qu’il crée une connexion. Mais la plupart du temps, c’était le silence radio. Quand il y a eu des réactions, c’était souvent de la part de gens que je ne connaissais pas et qui n’avaient pas d’intérêt réel dans ce que je fais. Ces réactions n’ont jamais eu de suites.

Ne pas participer à l’emprise des médias sociaux sur le monde actuel

Les méfaits des médias sociaux sont largement documentés : perte d’estime de soi chez les adolescentes et les adolescents, polarisation des opinions, chambre d’échos, désinformation. Au point où ils menacent la démocratie. Trump, Bolsonaro, les sbires de QAnon n’auraient jamais eu autant de pouvoir sans les réseaux sociaux. Je ne m’étendrai pas sur le sujet, le Center for Humane Technology en fait une recension ici, études à l’appui. L’objectif des algorithmes utilisés par les réseaux sociaux a toujours été clair : nous rendre dépendants et malléables pour la publicité. Je ne veux tout simplement plus travailler bénévolement pour ces entreprises.

Soutenir la diversité des cultures

J’assiste avec tristesse à la lente disparition de la culture francophone en Amérique du Nord. Il en est de même des cultures autochtones. Dans plusieurs milieux de travail, l’anglais est devenu la langue de communication. Ironiquement, on la présente comme la langue de la diversité. Les nouvelles générations ont une culture presque exclusivement américaine. Une culture centrée sur elle-même et qui ignore tout ce qui se passe hors de ses frontières. Dans mon dernier milieu de travail, des collègues francophones étaient incapables de s’adresser à moi en faisant des phrases complètes en français. Nourrir les médias sociaux, c’est accepter cet état de fait et soutenir la tendance à l’américanisation de toute la planète au détriment des particularités culturelles et de la diversité des langues.

Vivre et créer en dehors d’une logique marchande

Hier, j’ai remis à la bibliothèque mon édition de Rendre le monde indisponible d’Hartmut Rosa. Selon ce philosophe allemand, les médias sociaux nous amènent à percevoir le monde dans un mode de consommation, nos expériences sont des produits. Et pour obtenir la satisfaction d’une apparence de résonance, nous sommes prêts à renoncer à des rencontres réelles. Nous préférons nourrir une image de nous-mêmes plutôt que d’être réellement transformé par une expérience. J’ai envie de renouer avec le monde qui m’entoure sans que l’idée de le capter en photo ou en mot ne m’effleure l’esprit. Rendre le partage en ligne impossible de façon à être ouvert à l’expérience en elle-même. Vivre pour vrai.

La liberté

On a beaucoup parlé de liberté ces dernières années. Le concept a tellement été galvaudé que c’est presque gênant de l’utiliser. Quand j’ai annoncé mon désir de prendre une pause des médias sociaux, j’ai eu droit à des réactions outrées. Comme si c’était une faute de goût, comme si je rejetais par ce geste tous ceux qui s’y plaisent. J’ai toujours eu du mal avec les obligations, les injonctions, surtout quand elles sont basées sur des modes et sur le conformisme. Ces réactions ont été la dernière petite poussée dont j’avais besoin pour prendre la clef des champs.

Quelques textes qui ont nourri ma réflexion :4 notifications

P-S Il est toujours aussi facile de me contacter. J’utilise la messagerie Signal et mon courriel est sur la page contact de ce site. J’entre dans une période de sevrage et de serai ravi d’avoir de vos nouvelles !

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