Commencement

Fin d’été. Le blues d’après-film se dissipe. Doucement, le niveau d’énergie remonte. Pour le moment, je n’ai pas trop l’envie de dessiner, mais je lis avec avidité tout ce qui me tombe sous la main : romans, essais, d’ici ou d’ailleurs. J’utilise à plein les services de la BAnQ. Et l’envie d’écrire se pointe, régulièrement.

J’ai dévoré plusieurs essais sur l’écriture de fiction (voir les références plus bas). L’un des conseils d’écriture qui revient le plus souvent est d’une simplicité déconcertante : s’y mettre, immédiatement. Écrire dès maintenant, sans plus attendre. Parce que c’est en écrivant que se révèle l’intrigue, les personnages, la structure idéale d’une histoire et même l’intention d’un texte de fiction. Pour plusieurs auteurs émérites, l’inspiration est un mythe dommageable. Tom Wolfe raconte que lorsqu’il n’avance pas, il se force à écrire : «Ce que j’écris en me forçant est généralement aussi bon que ce que j’écris quand je me sens inspiré.» De toute façon, l’inspiration n’apparaît le plus souvent que lorsqu’un auteur est au travail. L’attendre pour commencer est une erreur de débutant.

C’est sur cette idée que repose le National Novel Writing Month (NANOWRIMO). Depuis 1999, ce défi propose d’écrire 50 000 mots (l’équivalent d’un court roman) en 30 jours. La date-butoir est une arme redoutable. Et de savoir que des milliers d’aspirant auteurs et autrices s’astreignent aux mêmes contraintes donne à chaque participant un surcroît de motivation. J’ai été séduit par l’humour et l’enthousiasme de Chris Baty, son fondateur. Assez pour songer sérieusement à tenter l’aventure en novembre prochain. À la fin de novembre 2021, je devrais donc avoir entre les mains le premier jet d’un premier roman. Un manuscrit qui risque d’être fort mauvais même s’il contient quelques filons intéressants. C’est le résultat attendu. L’idée n’est pas de pondre un chef-d’œuvre, mais de s’y mettre et de produire un premier jet. Après une relecture, je pourrai décider si j’ai envie d’y consacrer le temps nécessaire pour en faire un roman qui se tient. Si c’est le cas, commencera alors le long travail de réécriture.

On lit souvent que trop de personnes souhaitent écrire alors que les lecteurs se font rares. Cette façon élitiste de voir les choses suppose que quelques artistes élus devraient écrire pour les masses de lecteurs sans talent. Pourtant, c’est en écrivant que l’on apprend à écrire. Et écrire sérieusement permet de devenir un meilleur lecteur et d’apprécier encore plus les mérites d’un texte. Écrire donne envie de lire. Et vice-versa.

Je suis du genre organisé. J’aime tout planifier dans les moindres détails. Une façon pour moi de calmer mes appréhensions et de procrastiner. Je dois apprendre à mettre sur pause ce désir de contrôle. Il n’est pas toujours avisé de tout ficeler avant de se mettre à écrire. Pour plusieurs auteurs, c’est même une erreur de consacrer trop de temps à la préparation. Une préparation trop parfaite risque de rendre l’écriture plus difficile, de la dénuer du plaisir de la découverte. La recherche et la préparation peuvent se réaliser au fil de l’écriture. Inconsciemment, nous connaissons tous la structure d’une bonne histoire. Nous y avons été exposés par les contes, le cinéma, la télévision, les rumeurs, les nouvelles autant que par la littérature. Il faut donc faire confiance en notre inconscient et apprivoiser l’incertitude. Se faire confiance et faire confiance en l’écriture, ce qui n’est pas toujours une mince affaire.

Alors, par où commencer?

Plusieurs auteurs cités par Stephen Koch parlent d’une étincelle, une émotion fugace qui naît d’un fragment d’histoire, d’une scène ou d’une simple phrase. Cette étincelle pourrait porter en elle suffisamment d’électricité pour devenir une nouvelle ou un roman. Le carnet de notes peut se révéler un outil particulièrement utile pour capturer les éclats de ces étincelles lorsqu’elles apparaissent. On surestime souvent les capacités de la mémoire. Le carnet devient un répertoire d’histoires à naître, une banque de semences ou un jardin de nouvelles pousses où l’auteur pourra venir sélectionner un point de départ d’un texte. Le carnet demeure en même temps une forme d’entraînement à l’écriture et plus spécifiquement à l’écriture d’observation. Dans ses ateliers de bande dessinée, Jimmy Beaulieu insiste de la même façon sur l’utilité d’un carnet de croquis pour apprendre à regarder et se constituer un répertoire d’images, un vocabulaire en dessin. Je crois que les parallèles sont nombreux entre cette idée d’un carnet de croquis et le carnet d’écriture. En cas de blocage créatif, Stephen Koch recommande d’écrire sur ces difficultés dans son carnet plutôt que d’y réfléchir. Plusieurs auteurs tiennent un journal d’écriture. Et ce journal nourrit et soutient l’écriture comme telle. Marguerite Yourcenar, par exemple, a écrit un carnet de note en rédigeant Mémoires d’Hadrien. Ses notes très éclairantes ont été publiées dans la collection Folio de Gallimard.

Pour en savoir plus :

P-S Si vous avez lu ce texte jusqu’ici, n’hésitez pas à laisser un petit mot en commentaire ! À l’heure des réseaux sociaux, les blogues sont devenus bien silencieux…

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